Tribunal d'Yverdon (VD): Une affaire de viol avec deux vies détruites
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Tribunal d'Yverdon (VD)Une affaire de viol avec deux vies détruites

Un jeune poursuivi pour une affaire sexuelle a tenté de se suicider. La victime présumée est aussi dévastée que lui.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
La soirée entre les deux jeunes a dégénéré après un massage. Elle soutient qu'elle ne voulait pas et lui affirme n'avoir pas perçu d'opposition de sa part.

La soirée entre les deux jeunes a dégénéré après un massage. Elle soutient qu'elle ne voulait pas et lui affirme n'avoir pas perçu d'opposition de sa part.

photo: AFP

«Il y avait du monde dans l'appartement. Pourquoi n'avez-vous pas crié? Pourquoi ne vous êtes-vous pas débattue?» Nerveuse et timide, la plaignante a répondu par un silence gêné aux interrogations du président du tribunal, mardi.

L'accusatrice soutient avoir été violée par son voisin et ami alors qu'ils regardaient un film chez les parents de celui-ci. «C'était une relation sexuelle consentie», réagit l'accusé, un ouvrier de 27 ans «très porté sur la chose» et attiré par les mineures. Les faits ont eu lieu en octobre 2013 dans la chambre de celui dont les parents se trouvaient au salon. Entendu comme témoin, sa mère affirme qu'elle n'a «rien entendu» et que la fille a même dit «au revoir» au moment de quitter les lieux. L'accusatrice, âgée de 16 ans lors des événements, soutient avoir eu une «opposition reconnaissable».

«Je t'ai dit que je n'en ai pas forcément envie»

S'il y a une constante dans cette affaire, c'est la trajectoire de vie des deux jeunes depuis leur malheureuse soirée. «Il a perdu son travail, ses amis l'ont lâché. Il a fait une tentative de suicide. Nous voulions nous marier cette année mais nous avons tout reporté à cause du procès», a soutenu la fiancée actuelle de l'accusé, qui témoignait au procès. Dans sa lettre d'adieu, le prévenu (confronté à un problème de surcharge pondérale jusqu'à se faire opérer) avait clamé son innocence et demandé à ses proches de se battre pour le blanchir.

Orpheline de mère depuis l'année passée et en rupture scolaire, la plaignante s'automutilait bien avant l'affaire de viol, d'après deux témoins. Mais c'est seulement, après sa fameuse soirée avec le prévenu qu'elle ne dort plus sans lumière allumée et a changé d'orientation sexuelle. Dans un échange téléphonique avec l'accusé, la plaignante lui avait écrit: «Je t'ai assez fait comprendre que je n'en avais pas forcément envie.» Un message «ambigu, loin d'un non clair, net et ferme», selon la défense.

«Une heure et trente minutes de contrainte sexuelle, c'est inconcevable et peu compatible avec l'état de santé de l'accusé qui sortait d'une opération. Le ministère public n'est pas convaincu de sa culpabilité», a déclaré le procureur Donovan Tesaury, qui a abandonné les accusations de contrainte sexuelle et de viol. Il a par ailleurs requis 300 jours-amendes à 20 francs à l'encontre du prévenu qui était également poursuivi pour une autre affaire d'actes d'ordre sexuel avec une fille de moins de 16ans.

Le verdict du tribunal sera communiqué prochainement.

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