L'ambassadeur de Libye en Suisse:: «Une arrestation empreinte de racisme»

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L'ambassadeur de Libye en Suisse:«Une arrestation empreinte de racisme»

L'ambassadeur de Libye en Suisse, Ibrahim Aldredi a réitéré les demandes de Tripoli pour normaliser les relations avec la Suisse. De son côté, un expert estime que les sanctions prises par Berne contre la Libye portent leurs fruits.

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Tout est possible pour Max Göldi, le ressortissant suisse détenu en Libye, a assuré jeudi l'ambassadeur libyen auprès de l'ONU Ibrahim Aldredi.

«Tout est possible pour Max Göldi», a affirmé l'ambassadeur en réponse à la question d'un journaliste. Il a cependant précisé que son sort dépend des tribunaux et que le système judiciaire libyen est «indépendant».

«Ce seront les tribunaux qui décideront, pas nous», a déclaré Ibrahim Aldredi. Il n'a pas écarté une grâce accordée par le colonel Kadhafi, tout en affirmant ne rien pouvoir dire à cet égard.

Il précise que les deux Suisses n'ont jamais été considérés comme des prisonniers en Libye. Ils pouvaient se déplacer librement selon lui. Seul quitter le territoire libyen leur était interdit, car ils avaient enfreint certaines lois libyennes.

L'ambassadeur explique à la presse que le cas des deux Suisses a toujours été indépendants de l'arrestation de Hannibal Kadhafi. Les deux affaires ne sont en aucun cas liées.

L'ambassadeur a lu une déclaration écrite dans laquelle il justifie les actions de la Libye depuis le début de la crise et accuse la Suisse d'avoir refusé de négocier.

L'ambassadeur a également fait part de sa stupeur quant à la publication des photos de police de Hannibal Kadhafi dans la presse. En outre, la manière dont s'est passée l'arrestation de Hannibal Kadhafi est clairement empreinte de racisme, selon lui.

Les relations entre la Suisse et la Libye peuvent être normalisées à quatre conditions, a indiqué l'ambassadeur. Ce sont la création d'une commission d'arbitrage, le jugement des responsables de l'arrestation d'Hannibal Kadhafi, une enquête sérieuse sur les photos du fils du colonel publiées dans la «Tribune de Genève» et la levée de l'interdiction à plus de 180 dirigeants et citoyens libyens de recevoir des visas Schengen.

A ses yeux, les autorités suisses et genevoises n'ont pas examiné suffisamment en détail l'arrestation de Hannibal Kadhafi à Genève.

L'ambassadeur a déclaré que la Libye avait toujours respecté les droits de l'ambassade suisse en Libye. De plus, l'appel au Jihad du colonel Kadhafi ne doit pas être mal interprêté. Il ne s'agit pas du tout de méthodes terroristes.

Un signe que les relations diplomatiques ne sont pas rompues

«Je pense que c'est la confirmation que le levier Schengen fonctionne», analyse de son côté Frédéric Esposito. Pour le professeur de l'Institut européen de l'université de Genève, et spécialiste de politique internationale, la conférence de presse donnée par l'ambassadeur de Libye auprès de l'ONU est le signe qu'une corde sensible a été touchée, lorsque la Suisse a imposé un embargo sur les visas européens à nombre de dignitaires libyens.

Toutefois, «les conditions d'une normalisation des relations entre Berne et Tripoli ne sont pas encore réunies», estime l'expert. Les quatre requêtes posées par le régime Kadhafi sont en effet disproportionnées, juge Frédéric Esposito. En revanche, le langage choisi par l'ambassadeur «montre que les relations diplomatiques entre les deux pays ne sont pas rompues et que des négociations continuent à être menées. Et c'est une bonne nouvelle.»

Reste à savoir quand les relations pourraient se normaliser entre les deux pays. Et sur ce point, Frédéric Esposito fait preuve d'une grande prudence. «Il faut se préserver de faire des pronostics», conseille-t-il. Le cas des infirmières bulgares, retenues huit ans en Libye avant d'être libérées, a montré qu'il y a un nombre important de paramètres impossibles à interpréter dans le cadre de négociations avec la Libye, conclut-il.

Un extrait de la conférence de presse:$$VIDEO$$ (20 minutes online/ats)

«Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles»

Le porte-parole d’Amnesty International, Daniel Graf, n’espère pas grand chose de la prestation de l’ambassadeur libyen. «Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles», s’est-il exclamé auprès de nos confrères de «20minuten online», en faisant référence au fait que son association n’a plus de nouvelles depuis plusieurs jours déjà concernant une libération rapide de Max Göldi. Interdit de quitter le territoire libyen depuis 20 mois, le Suisse «est et reste un pion sur l’échiquier politique de Tripoli», assure Daniel Graf.

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