Body positive - Une artiste canadienne revendique le droit d’être poilue
Esther Calixte-Bea est une artiste connue sous le nom de  Queen Esie.

Esther Calixte-Bea est une artiste connue sous le nom de Queen Esie.

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Body positiveUne artiste canadienne revendique le droit d’être poilue

Queen Esie assume sa pilosité et milite contre l’injonction faite aux femmes de s’épiler. Sur les réseaux sociaux, célébrités et inconnues s’affichent aussi au naturel.

par
Nina Seddik

«Normaliser le fait d’avoir des poils et les montrer sous un angle différent est devenu ma mission», explique Esther Calixte-Bea, militante et peintre canadienne. Plus connue sous le nom de Queen Esie, son pseudonyme sur Instagram, la Québécoise de 25 ans pose fièrement dans les pages du dernier numéro spécial été du magazine canadien «Fashion». Elle a aussi fait sensation en une de l’édition «self love» du magazine britannique «Glamour», en janvier dernier.

Après des années d’épilation et de sentiment de honte vis-à-vis de sa pilosité, Queen Esie décide de jeter ses rasoirs à la poubelle en mai 2020. Une décision difficile à assumer les premiers temps, notamment en raison du regard des autres: «Au début, j’ai dû me forcer à sortir avec des shorts dans la rue, sans avoir les jambes épilées, explique-t-elle dans une interview publiée sur le site du «New York Post». Mais aujourd’hui, je me sens plus sexy que jamais et bien dans ma peau. Et puis, si les femmes n’étaient pas censées avoir de poils, nous n’en aurions tout simplement pas», conclut-elle. Malgré des réactions parfois vives - certaines personnes sont allées jusqu’à la filmer dans la rue - la jeune femme assure recevoir un soutien important via les réseaux sociaux.

L’injonction faite aux femmes de s’épiler, Queen Esie n’est pas la seule à l’avoir rejetée. Des célébrités comme le mannequin Emily Ratajkowski, Lourdes Leon (la fille de Madonna) ou encore l’actrice Alyssa Milano ont elles aussi affiché fièrement leurs aisselles non épilées.

Sur Instagram, un nombre croissant de femmes revendiquent aussi le droit de laisser tomber l’épilation.

Ces actions s’inscrivent dans le mouvement Body Positive, qui prône l’acceptation de soi, et inspirent certaines grandes enseignes, comme Adidas. Pour sa collection signée Stella McCartney, sortie en mars, la marque a choisi de faire poser Leila Davis, danseuse professionnelle de pole dance et chorégraphe. «Adidas, réveillez-vous! Montrer ses poils sous les aisselles n’a rien à voir avec l’égalité, c’est une question d’hygiène. C’est affreux et pas esthétique», a commenté un internaute.

Émoticônes en train de vomir ou commentaires désobligeants: les réactions à l’exhibition des poils féminins sont souvent violentes. Pourquoi tant de haine? Selon Karin Lesnik-Oberstein, professeure de théorie critique à l’Université de Reading (GB) et auteure de l’ouvrage «The Last Taboo: Women and Body Hair», les poils seraient l’un des éléments clé permettant de différencier le genre masculin du féminin. Cesser de s’épiler pour une femme reviendrait donc à brouiller les frontières et à s’aventurer hors des sentiers battus. Un constat partagé par Rebecca M. Herzig, professeure en études genre et la sexualité au Bates College (USA), dans un article publié sur le HuffPost: «Si les choix personnels des femmes dans les publicités et les magazines féminins sont salués, on attend généralement d’elles qu’elles adhèrent aux normes de consommation dominantes. En l’occurrence: une peau lisse, immaculée et jeune.»

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