Russie: Une attaque contre Poutine applaudie
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RussieUne attaque contre Poutine applaudie

Un dessinateur russe a déclenché des applaudissements nourris lors d'une cérémonie de remise de prix.

Le dessinateur Iouri Norchteïn a laissé entendre que le président Vladimir Poutine portait une part de responsabilité dans la mort en détention de l'avocat Sergueï Magnitsky, figure de la lutte contre la corruption.

La cérémonie, habituellement dénuée de toute considération politique et enregistrée samedi, doit être diffusée cette semaine par la première chaîne de la télévision publique, qui a refusé de dire si l'émission serait retransmise dans son intégralité.

Si Poutine est la cible fréquente de critiques lors de manifestations ou sur internet, les attaques sont rares sur les grands médias audiovisuels ou lors de grands événements culturels. Mais le dessinateur Iouri Norchteïn a brisé ce tabou lors de l'enregistrement de cette émission, samedi.

Réagissant à un orateur l'ayant précédé sur scène et ayant estimé que la Russie manquait de médecins, il a déclaré: «J'ai immédiatement fait le lien avec ça lorsque Poutine a déclaré que Magnitsky avait succombé à une crise cardiaque.»

«Je pense qu'il a succombé à une défaillance de coeur de la part de Poutine et de la part du chef de sa prison», a-t-il ajouté. Les applaudissements et les «bravo!» qui ont fusé de la salle ont pratiquement occulté la suite de son intervention, dont un extrait mis en ligne sur le site YouTube avait déjà été visionné 300'000 fois lundi dans l'après-midi.

Probablement battu à mort

Militant anticorruption, Sergueï Magnitsky, qui était âgé de 37 ans, est mort en détention en novembre 2009 dans une prison de Moscou. Avocat du fonds d'investissement Hermitage Capital, il était incarcéré depuis un an pour des faits présumés d'évasion et de fraude fiscales.

Selon ses proches, le dossier a été monté de toutes pièces par le groupe d'enquêteurs de la police russe que Magnitsky accusait d'avoir détourné 230 millions de dollars.

Lors d'une conférence de presse, le mois dernier, Vladimir Poutine a affirmé que l'avocat «n'avait pas succombé à la torture - nul ne l'a torturé -, mais à une crise cardiaque». Le conseil des droits de l'homme rattaché au Kremlin a indiqué de son côté qu'il avait probablement été battu à mort.

Aucune inculpation n'a été prononcée dans l'enquête sur sa mort. Magnitski est devenu un symbole de l'immunité dont jouirait, selon des opposants, le pouvoir russe et des dangers auxquels s'exposent ceux qui le dénoncent.

L'affaire a également provoqué des tensions internationales, les Etats-Unis ayant adopté le mois dernier une loi, le Magnitsky Act, qui interdit aux Russes soupçonnés d'atteintes aux droits de l'homme de se rendre aux Etats-Unis et gelant les avoirs qu'ils y détiennent. (ats)

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