Espagne: Une cellule secrète dirigée par un gourou
Actualisé

EspagneUne cellule secrète dirigée par un gourou

On en sait un peu plus sur le groupe djihadiste à la base des deux attentats meurtriers la semaine dernière en Catalogne.

1 / 129
Selon le journal El Periódico, l'homme qui aurait planifié les attentats meurtriers du 17 août 2017 en Catalogne circule librement en Europe. (Jeudi 2 août 2018)

Selon le journal El Periódico, l'homme qui aurait planifié les attentats meurtriers du 17 août 2017 en Catalogne circule librement en Europe. (Jeudi 2 août 2018)

Keystone
Nouvelle arrestation dans le cadre de l'attentat de Barcelone. La police espagnole a arrêté un Marocain de 24 ans qu'elle dit lié à plusieurs membres de la cellule djihadiste. (22 septembre 2017)

Nouvelle arrestation dans le cadre de l'attentat de Barcelone. La police espagnole a arrêté un Marocain de 24 ans qu'elle dit lié à plusieurs membres de la cellule djihadiste. (22 septembre 2017)

Keystone
Mohamed Houli Chemlal, seul survivant de l'explosion de la maison où la cellule confectionnait des explosifs, à Alcanar (Jeudi 14 septembre 2017).

Mohamed Houli Chemlal, seul survivant de l'explosion de la maison où la cellule confectionnait des explosifs, à Alcanar (Jeudi 14 septembre 2017).

Keystone

Alors que l'enquête sur les attentats en Catalogne se poursuit, des experts analysent le fonctionnement de ce type de cellule djihadiste. Elle semble s'être formée en circuit fermé autour d'un «gourou», un modèle ancien qui a réussi à tromper la vigilance policière en évitant l'usage des nouvelles technologies, selon ces spécialistes.

Cette cellule responsable des attentats de Barcelone n'avait pas attiré l'attention jusque-là. Même l'explosion de la planque d'Alcanar, où plus d'une centaine de bonbonnes de butane, de litres et de litres d'acétone - un des principaux composants du TATP -, n'a pas mis la puce à l'oreille de la police catalane.

Première raison selon les experts: la manière dont la cellule s'est constituée. Les «techniques de propagande et de recrutement» correspondent à celles d'une secte, analyse Lurdes Vidal, directrice de l'Institut européen de la Méditerranée: «On joue sur le rôle de la famille, on enferme le groupe sur lui-même et on évite que qui que ce soit en sorte».

Réponses à une perte de repères

Au coeur du groupe, «il y a un personnage central qui réunit, qui fait l'amalgame entre les jeunes avec leur perte de repères, et les réponses salafistes qu'il peut leur apporter», poursuit-il. L'imam Abdelbaki Es Satty, tué dans l'explosion de la planque d'Alcanar, est soupçonné d'être ce chef charismatique.

Il pourrait avoir présenté, selon Alberto Bueno, membre de l'Observatoire international des études sur le terrorisme, «un double visage: celui qu'il montrait lors de ses prédications dans la salle de prière de Ripoll, et l'autre, qui avait une fonction de radicalisation».

Cet élément «'radicalisateur', en se servant de fratries déjà constituées, a pu renforcer la radicalisation au sein de la cellule», poursuit le chercheur de l'Université de Grenade.

L'importance de la fratrie

Composée de fratries, d'amis ou de voisins, elle fonctionnait avec des «éléments d'un même entourage, proches, un cercle fermé, où les personnes se connaissaient». Un peu comme les cellules à l'origine des attentats du 11 septembre 2001 à New York (2750 morts au moins) et celui du 11 mars 2004 à Madrid (191 morts), explique Yves Trotignon, ancien membre des services antiterroristes de la Direction générale de la sécurité extérieure française (DGSE).

Les experts espagnols en sécurité savaient avant même ces attentats, rappelle Alain Rodier, un ex-officier du Renseignement français, «qu'en Espagne, on privilégiait les familles, pour des raisons sécuritaires 'dans une fratrie, on ne va pas trahir son frère' et pour l'endoctrinement, c'est plus facile».

Ces assaillants, qui venaient d'un milieu rural, et non pas péri-urbain selon la chercheuse Lurdes Vidal, préparaient «depuis des mois l'attentat». Le processus de radicalisation, avec la décision de passage à l'acte, avait été enclenché depuis longtemps, estime-t-elle.

Radicalisation hors internet

Autre caractéristique de la cellule: «Nous avons affaire à une radicalisation 'offline' (hors internet)», selon Alberto Bueno. Les »contacts directs« ont rendu impossible toute détection en amont. La police surveille les réseaux sociaux où d'autres djihadistes récents semblent s'être radicalisés.

Ce modèle «classique, avec des gens qui se connaissent et un gourou derrière qui va accompagner le développement de la cellule», ramène selon Alain Rodier «15 à 20 ans en arrière, comme dans les réseaux algériens des années 90, Londres en 2005 (56 morts), Madrid en 2004».

Enfin, les experts relèvent «l'extrême jeunesse» de la plupart des membres de la cellule, dont beaucoup étaient mineurs. Une période de la vie qui porte en elle «sa propre radicalité», juge Lurdes Vidal. Elle pense que «la dimension religieuse a été très instrumentalisée pour s'adresser à ces adolescents et préadolescents, afin d'avoir un impact émotionnel très fort dans la construction de leur identité».

«Nous avions des musulmans, pas des convertis. Il a fallu qu'un imam, un incubateur, vienne au milieu d'eux et les convainque que leur foi les oblige à passer à l'acte», surenchérit Alain Rodier.

Premières critiques

Cela dit, la police régionale a essuyé mercredi ces premières critiques. Des erreurs de procédure et un manque de communication ont peut-être empêché la police de prévenir l'attentat, indiquent deux sources policières et deux sources proches de l'enquête.

L'enquête, elle, se poursuit. Les responsables des attentats en Catalogne préparaient une bombe beaucoup plus meurtrière et des ingrédients de TATP, explosif prisé par l'EI qui l'a baptisé «la mère de Satan», ont été retrouvés par la police dans son laboratoire détruit par une explosion. (nxp/ats)

L'imam Es Satty faisait des «prêches pas adéquats» en Belgique

La petite mosquée de Diegem, près de Bruxelles, a refusé début 2016 d'employer l'imam Abdelbaki Es Satty, parce qu'il faisait des «prêches pas adéquats».

Le président de la mosquée «est allé écouter des prêches test (d'Es Satty) et il a alors estimé que ce n'était pas des prêches adéquats pour une communauté telle que celle de Diegem», a expliqué le maire. «Comme le dit le président (de la mosquée), il ne suivait pas le Prophète, il y allait avec plus de violence» et était «plus extrême», a ajouté l'élu.

«Abdelbaki Es Satty est venu chez nous pour demander un emploi comme imam. Nous avons alors bien sûr demandé ses documents pour les contrôler. Quand on a demandé ses documents, il s'est comporté de manière très suspecte», a précisé le président de la mosquée. N'ayant pu obtenir de sa part le certificat de bonnes moeurs, l'équivalent en Belgique de l'extrait de casier judiciaire, la mosquée a refusé de l'engager.

(NewsXpress)

Ton opinion