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GenèveUne centaine de cols blancs cokés traités aux HUG

Un nombre croissant d'employés de banque et d'assurance se rendent en cure de désintoxication. Daniele Zullino, médecin-chef du service abus de substances des HUG, explique pourquoi.

par
Jessica Pfister/Olivia Fuchs
Dans la grande majorité des cas, les hommes d'affaires sont bien intégrés socialement et professionnellement.

Dans la grande majorité des cas, les hommes d'affaires sont bien intégrés socialement et professionnellement.

Monsieur Zullino, vous travaillez dans le plus grand centre de traitement d'addictions de Suisse. Qui sont vos patients?

Il y a sept ans, nous nous sommes spécialisés dans le traitement de patients bien intégrés dans la vie sociale et/ou professionnelle. Il ne s'agit pas de drogués classiques, mais de personnes dont l'addiction n'a pas encore entraîné de conséquences sur la santé, par exemple. Depuis, nous nous occupons d'un nombre croissant de banquiers et d'employés d'assurance cocaïnomanes.

Comment peut-on expliquer cette augmentation?

Il faut bien préciser que la consommation de cocaïne n'a pas augmenté. Mais par rapport à avant, les gens osent en parler davantage.

A quoi ressemble un banquier cocaïnomane typique?

Il n'y a pas de stéréotype, mais toutes ces personnes ont des points communs. Elles ont entre 25 et 45 ans. Un cinquième d'entre elles sont des hommes, travaillent dans des positions relativement élevées et sont bien intégrées dans la vie sociale.

Ces personnes ne peuvent pas travailler sans prendre de la cocaïne.

Là encore, ça dépend. Certains s'envoient la première dose dès le matin et en consomment toute la journée pour rester en forme. D'autres prennent cette drogue surtout le soir, lors de soirées cocktails où la cocaïne est presque aussi importante que l'alcool. Souvent, les boissons alcoolisées servent à couper l'effet de la cocaïne et permettent de mieux s'endormir.

Vos patients sont-ils tous accros?

Non, environ un tiers le sont. Lorsque quelqu'un décide de ne plus en prendre, mais n'y arrive pas, alors on peut parler de dépendance.

Ces personnes viennent-elles facilement chercher de l'aide auprès de vous?

Les banquiers cocaïnomanes nous contactent lorsqu'ils commencent à avoir des problèmes. Soit ils se sont fait remettre en place par leurs patrons, soit ils ont été virés. Il se peut aussi que ces patients se soient fait avoir à la douane avec une petite dose de réserve sur eux.

Quels sont les problèmes de santé les plus fréquents?

Les troubles du sommeil, les dépressions, l'impuissance sexuelle ou encore les crises d'angoisse. Comme la majorité des personnes mélangent cocaïne et alcool, elles sont rapidement irritables et agressives.

Faut-il soigner les hommes d'affaires différemment des autres?

Avec les autres patients, on doit souvent reconstruire leur vie sociale avant de commencer la thérapie en soi. Avec les hommes d'affaires, on peut directement commencer à analyser les addictions. Le traitement est un peu plus facile.

Quelles sont les chances de réussite d'une thérapie?

La grande majorité de nos patients arrivent à rester clean. Certains continuent à se droguer de temps en temps, mais parviennent à se gérer. Notre but principal n'est pas l'abstinence totale, mais une vie dans laquelle la cocaïne n'est pas un obstacle.

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