Actualisé 14.10.2015 à 14:01

Corée du Nord

Une classe moyenne en quête de divertissement

Des parcs d'attractions, davantage de portables et l'expansion de la flotte de taxis de Pyongyang montrent l'émergence timide d'une classe moyenne.

Une famille nord-coréenne pose devant le delphinarium de Pyongyang.

Une famille nord-coréenne pose devant le delphinarium de Pyongyang.

Les dirigeants nord-coréens ont toujours présenté leur capitale comme la vitrine des réussites sans pareil d'un Etat infaillible. Et vu de l'étranger, Pyongyang a toujours été un «village Potemkine», une cité exclusive où 10% de la population nord-coréenne jouit d'une qualité de vie dont n'osent même pas rêver les 90% qui vivent dans le reste du pays le plus isolé au monde.

Mais de plus en plus de signes laissent penser que les plaisirs de la société de consommation et de loisirs ne sont plus uniquement réservés à la caste constituée par l'élite dirigeante du pays.

Une nouvelle classe entrepreneuriale a émergé à la faveur d'une plus grande tolérance pour certaines initiatives privées. Une «libéralisation» toute relative qui s'est imposée du fait des carences catastrophiques du régime lors de la famine de la fin des années 1990.

Apparue sous l'ancien dirigeant Kim Jong-Il, cette classe moyenne a commencé à prospérer sous le règne de son fils Kim Jong-Un, arrivé au pouvoir en 2011.

Des choix controversés

Bien sûr, ceux qui sont suffisamment riches pour pouvoir posséder une voiture ne sont pas légion. Mais cette classe intermédiaire semble de plus en plus importante à Pyongyang, et peut-être aussi dans d'autres villes du pays.

Certains spécialistes de la Corée du Nord, comme l'universitaire Andrei Lankov, pensent que Kim Jong-Un cherche à mettre en oeuvre «un capitalisme autoritaire» qui autoriserait une dose d'initiative économique privée étroitement contrôlée au plan politique.

Récompense pour les «nouveaux entrepreneurs»? La possibilité d'aller dîner dans un des nouveaux restaurants de Pyongyang ou, pourquoi pas, de faire une virée en famille au delphinarium. Car Kim Jong-Un s'est signalé depuis son arrivée au pouvoir par une appétence pour les projets coûteux dans le secteur du divertissement, entre station de ski, parcs à thèmes ou centres équestres luxueux.

Autant de choix controversés dans un pays dont un tiers des enfants de moins de cinq ans souffre selon l'ONU de rachitisme, et où des millions de personnes vivent sous la menace d'inondations ou de sécheresses, faute d'investissements suffisants dans les infrastructures.

Dorloter les hautes sphères

Mais pour la direction nord-coréenne, ces projets ont deux objectifs: donner une image de prospérité et dorloter sa caste dirigeante, mais également cette classe moyenne qui ne demande qu'à dépenser son argent. D'autant que les installations luxueuses comme la station de ski de Masik Pass doivent aussi permettre au régime d'engranger les devises étrangères dont il manque.

Un exemple beaucoup plus modeste est le parc folklorique qui a ouvert il y a trois ans près de Pyongyang. Avec sa réplique d'une pagode du Ve siècle, ses reproductions en miniature des monuments de Pyongyang, il est construit sur le modèle des parcs qui ont essaimé près des villes chinoises dans les années 1990.

Son entrée n'est pas chère et il revendique 5000 visiteurs par jour. Une moyenne qui n'était pas au rendez-vous, dimanche, lors d'une visite organisée. Pour autant, de nombreuses familles et couples y déambulaient, certains se prenant en photo avec leurs smartphones, comme dans n'importe quel parc au monde.

Des projets politiques

Car plus de deux millions de Nord-Coréens ont souscrit un abonnement au service 3G fourni par l'Egyptien Orascom en partenariat avec le Nord-Coréen Koryolink. «Notre maréchal vénéré Kim Jong-Un a dit que nous devions faire de ce parc un lieu d'éducation pour la Nation, afin de galvaniser la population», s'enflammait dimanche le guide officiel.

Déjà plus sélect est le delphinarium construit à Pyongyang en 2012. Il n'a, lui, aucune espèce de visée éducative et est uniquement dédié au divertissement.

En comparaison avec d'autres lieux publics, le delphinarium est du reste globalement exempt des références constantes à la gloire des dirigeants nord-coréens. Il n'en est pas moins un projet totalement politique, imaginé par Kim Jong-Il et réalisé par son fils, avec des dresseurs sélectionnés dans les universités puis formés en Chine pour animer les spectacles. (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!