Actualisé 12.01.2010 à 12:41

Détenus de Guantanamo

Une commission s'oppose aux prisonniers ouïgours

La Suisse ne devrait plus admettre d'ex-détenus de Guantanamo, estime la commission de politique de sécurité du National. Par 15 voix contre 10, elle en a fait mardi la recommandation au Conseil fédéral.

Dans sa ligne de mire figurent les deux Ouïgours qui pourraient être accueillis dans le Jura.

La décision relève au final de la compétence du Conseil fédéral, mais la commission ne veut pas porter la responsabilité, a expliqué devant la presse son président Jakob Büchler (PDC/SG). Pour la majorité, les considérations de sécurité et les relations avec la Chine prévalent sur l'action humanitaire.

Dans une lettre envoyée avant Noël à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, l'ambassade de Chine à Berne avait demandé à la Suisse de ne pas accueillir deux frères Ouïgours actuellement détenus à Guantanamo et considérés par Pekin comme des terroristes présumés. Les relations sino-suisses pourraient être mises à mal, avait-elle menacé.

Ce dernier aspect n'est intervenu qu'en quatrième position dans les considérations de la commission, a assuré Yvan Perrin (UDC/NE), tout en reconnaissant que la majorité a «manifestement préféré se fâcher avec les Etats-Unis plutôt qu'avec la Chine».

Ouzbek pas remis en question

La commission considère que c'est aux Etats-Unis de résoudre le problème de Guantanamo. En décidant d'admettre déjà un prisonnier ouzbek à Genève, la Suisse en a déjà fait assez, selon Yvan Perrin.

Les récentes tentatives d'attentats ont en outre montré que le risque de terrorisme n'a pas disparu, a relevé le Neuchâtelois, tout en reconnaissant que les deux Ouïgours n'y sont pas liés. Eveline Widmer-Schlumpf doit rencontrer à la fin du mois les autorités jurassiennes pour discuter du dossier.

Le Conseil fédéral prendra ensuite une décision en prenant en compte la position de la commission, a assuré Eveline Widmer- Schlumpf, selon Jakob Büchler. La commission de politique extérieure du Conseil des Etats a également fait part de ses préoccupations à Micheline Calmy-Rey sans toutefois émettre une recommandation formelle, a indiqué son président Eugen David (PDC/SG).

«Campagne de dénigrement»

Mais les deux Ouïgours bénéficent aussi de soutiens à Berne. Le groupe parlementaire pour les droits humains a publié mardi une lettre ouverte à Eveline Widmer-Schlumpf, lui demandant de ne pas céder à la pression.

«Une campagne de dénigrement vis-à-vis de ces deux personnes a été lancée par les autorités chinoises qui ont affirmé que ces deux personnes étaient de dangereux terroristes», écrit ce groupe parlementaire, dont fait notamment partie le conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI).

Et de rappeler que contrairement aux déclarations chinoises, ces deux frères ne figurent sur aucune liste internationale et n'ont jamais eu de liens avec un quelconque mouvement terroriste. «La Suisse peut et doit donc les accueillir à titre humanitaire pour leur offrir une possibilité de reconstruire une vie dans la dignité et la sécurité.»

Risques de persécutions

Un avis partagé par Amnesty International, qui rappelle que les deux Ouïgours risquent d'être persécutés s'ils retournent en Chine. Vingt-deux personnes de l'ethnie ouïgoure, une minorité turcophone et musulmane du nord-ouest de la Chine, ont été capturés en Afghanistan et détenus à Guantanamo.

Ils ont tous été innocentés et peuvent être libérés. Cinq ont été accueillis par l'Albanie en 2006, quatre par les Bermudes en juin et six par l'archipel de Palau, dans l'océan Pacifique, en octobre.

(ats)

Détenus par erreur

Les deux Ouïghours dont le sort est entre les mains de la Suisse ne sont pas des terroristes, mais «des pauvres hommes détenus par erreur» explique leur avocate Elizabeth Gilson. Selon elle, ils ne menacent pas la sécurité de la Confédération, qui subit de fortes pressions de Pékin pour ne pas les accueillir.

Elizabeth Gilson souligne l'importance des récriminations de Pékin envers les autorités suisses. «Je n'avais jamais vu une pression aussi flagrante et publique», a-t-elle déclaré dans une interview publiée mardi par «24heures».

Mais c'est le cas de «nombreux pays qui ont été approchés pour accueillir des Ouïghours» et qui ont subi des pressions diplomatiques de la part de la Chine. L'avocate américaine des Ouïghours cite le cas de l'Albanie, qui a accueilli cinq Ouïghours et qui a «fait l'objet de pressions pour qu'elle n'en accepte pas davantage».

Elizabeth Gilson conteste les allégations de la Chine sur l'appartenance des deux détenus de Guantanamo à un groupe terroriste. Selon elle, Pékin ne possède «aucune preuve». En outre, «aucune charge n'a été retenue contre eux» par les Etats-Unis.

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