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Une compacte américaine condamnée à tort?

Pour Ford USA, la Pinto s’inscrivait dans une stratégie de défense contre le nombre sans cesse croissant de véhicules d’importation. La voiture compacte a dû faire face aux vents contraires.

par
Simon Kwasny
13.9.2020
Ici, il s’agit d’une édition spéciale «Drôles de Dames» de la Ford Pinto.

Ici, il s’agit d’une édition spéciale «Drôles de Dames» de la Ford Pinto.

Theodore W. Pieper - Courtesy RM/Sotheby’s / www.zwischengas.com
La forme n’est pas sans rappeler la Ford Mustang.

La forme n’est pas sans rappeler la Ford Mustang.

Theodore W. Pieper - Courtesy RM/Sotheby’s / www.zwischengas.com
La Ford Pinto ne fait que 4,14 mètres.

La Ford Pinto ne fait que 4,14 mètres.

Theodore W. Pieper - Courtesy RM/Sotheby’s / www.zwischengas.com

En bref

Ford USA avait de grands projets pour la Pinto.

Cependant, le «petit cheval» a dû faire face à des vents contraires.

La voiture avait entre autres la réputation de s’enflammer.

Elle n’était toutefois pas plus dangereuse que les autres voitures.

Elle était même beaucoup plus sûre que sa plus grande concurrente.

Avec l’invasion des véhicules importés d’Europe et du Japon, telles que la Coccinelle de Volkswagen et les voitures compactes de Toyota, Datsun etc, l’industrie automobile américaine a dû faire ses preuves dans un segment qui lui était peu familier, à savoir les voitures compactes.

Afin de pouvoir faire face à la concurrence, Ford a commencé à développer la Pinto (qui signifie «petit cheval» en espagnol, une petite sœur de la Mustang, en quelque sorte).

Un programme de développement agressif

À l’époque, il fallait en moyenne compter environ 43 mois dans l’industrie automobile américaine pour développer un véhicule. Le PDG de Ford, Lee Iacocca, voulait que la Pinto soit disponible chez les concessionnaires dès 1971, ce qui a réduit la période de développement à un peu moins de 25 mois.

Les ingénieurs ont quasiment réussi l’impossible et le «petit cheval» a effectivement fait son apparition dans les salles de vente des concessionnaires en 1971. On avait le choix entre deux moteurs quatre cylindres et (plus tard) un V6, qui fournissait entre 76 et 101 ch.

Incendiaire?

Le développement précipité de la Pinto allait néanmoins valoir à Ford un revers de médaille. Il n’était pas peu courant à l’époque que le réservoir d’essence soit monté entre le pare-chocs arrière et l’essieu arrière. Par conséquent, la tubulure de remplissage avait tendance à casser. Une minuscule étincelle, provoquée par exemple par le frottement de pièces de tôle lors d’une collision, suffisait alors pour que le véhicule s’enflamme. Durant la période de fabrication de la Pinto, cela a fait 60 morts et 120 blessés graves.

Comme il est de coutume aux États-Unis, cela a également donné lieu à de nombreux procès judiciaires. Ford a souvent versé aux victimes d’astronomiques sommes d’argent pour obtenir un règlement à l’amiable.

L’article du magazine «Mother Jones»

En 1977, le magazine américain «Mother Jones» a publié un article énonçant le problème du réservoir d’essence de la Pinto avec pour titre «Pinto Madness», écrit par Mark Dowie, plus tard nominé pour le Prix Pulitzer. Selon «Mother Jones», Ford aurait eu connaissance du problème dès la phase de développement. Même lors des crash-tests précédant le démarrage de la production, il est apparu clairement que le réservoir de carburant était extrêmement fragile en cas d’accident.

D’une part, le problème était assurément dû aux délais extrêmement serrés. D’autre part, Ford analysait à l’époque le coût-bénéfice avant chaque décision. Cette analyse incluait également le coût des éventuels décès. Sous la pression de Ford et d’autres constructeurs automobiles, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) a fixé la valeur d’une vie humaine, de manière à justifier d’éventuelles économies de coûts. On pourrait penser que le chiffre est astronomique. Mais ce n’est pas tout à fait le cas, car la valeur d’une vie humaine d’élevait alors à 200’725 dollars, selon la NHTSA .

Condamnée à tort?

La Ford Pinto a, des années durant, eu la réputation de s’enflammer facilement, même si, globalement, elle n’était guère moins sûre que ses concurrentes. C’est ce qu’a révélé un rapport de la NHTSA datant de 1975. La Pinto a été responsable de 298 décès par million de véhicules, tandis que la concurrence de Chevrolet et de Datsun a provoqué 288 et 294 morts par million de véhicules. La Pinto était même beaucoup plus sûre que sa grande concurrente, la Coccinelle de Volkswagen, qui a fait 378 victimes mortelles par million de véhicules.

Le concept de base avait néanmoins su convaincre. La Pinto était une voiture compacte américaine pleine de vivacité au design hors du commun, dotée de moteurs fiables et très abordable.

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