Votation du 4 mars: Une Constitution vieillie sous la loupe des Valaisans
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Votation du 4 marsUne Constitution vieillie sous la loupe des Valaisans

Le peuple dira s'il veut réviser le texte vieux de 110 ans. Certains articles recèlent des originalités, commentées par un historien.

par
Yannick Weber
Keystone

Les Valaisans voteront le 4 mars sur le principe d'une révision complète de leur Constitution, et choisiront entre mettre en place une assemblée constituante ou confier la tâche au Grand Conseil. Les partisans critiquent le côté désuet du texte. Certains articles, non revus depuis leur rédaction en 1907, ne sont plus d'actualité ou sont rédigés dans un langage obsolète. Jean-Henry Papilloud, président de la Société d'histoire du Valais romand, en commente certains.

■ Le juge naturel. «Nul ne peut être distrait de son juge naturel», mentionne l'article 5. Il ne faut y voir aucune référence à Dieu. «Mais sans doute aux tribunaux d'exception», pense Jean-Henry Papilloud. Ceux-ci, arbitraires, jugeaient les radicaux valaisans luttant contre les conservateurs dans les années 1840. La constitution de 1907 souhaitait alors établir que seule une justice impartiale devait pouvoir exercer dans le canton.

■ L'assurance du bétail. L'Etat se donnait la tâche, dans l'article 16, de soutenir les agriculteurs, notamment en cas d'épizooties et de ravage des animaux. «A cette époque, environ 80% de la population vivait encore de l'agriculture, dont 50% du bétail», note l'historien. De telles assurances existent encore, mais sont privées et ne sont plus du ressort du Canton.

■ L'enfance malheureuse. Les autorités souhaitaient fonder et soutenir des établissements d'accueil et d'éducation pour les petits orphelins ou handicapés, que le texte appelle «l'enfance malheureuse». «Lors de sa rédaction, la constitution de 1907 était progressiste et ouvrait des pistes d'amélioration pour l'avenir», considère Jean-Henry Papilloud. Aujourd'hui, ces structures existant, l'article ne semble plus nécessaire.

■ Les âmes de population. Le terme est vieilli. Il apparaît à l'article 66, qui règle le nombre de délégués que chaque commune doit envoyer aux Conseils de district, en fonction de sa population. «Mais cette formulation n'est pas inintéressante», constate Jean-Henry Papilloud. Elle concerne en effet «toutes les âmes», et pas seulement les Suisses. Contrairement au calcul pour la répartition pour le Grand Conseil, les étrangers y sont comptés.

Les arguments des opposants

Dans le camp du «non», Tristan Neurohr, président des Jeunes PDC du Valais romand, rejette le qualificatif de conservateur. «Nous ne sommes pas contre des changements, mais préférons les traiter séparément», dit-il. Si la révision totale est acceptée, le peuple sera, à terme, appelé à valider ou refuser tout le texte, en bloc, sans pouvoir accepter ou contredire un article isolé. «Ce n'est pas démocratique», argue Tristan Neurohr. Les coûts engendrés entrent aussi en compte. «Si l'initiative passe, nous recommandons donc de choisir le Grand Conseil plutôt que l'assemblée constituante.»

Les arguments des partisans

Dans le camp du «oui», Simon Constantin, président des Jeunes PS du Valais romand, voit là l'opportunité de redéfinir une «vision de ce que nous voulons pour ces cent prochaines années, pour le Valais de demain.» Pour lui, mieux vaut tout revoir dans un texte global plutôt que de «faire du patchwork» au Parlement, enfermé dans des querelles de parti. Il note aussi tout ce qui manque dans la constitution: «Il n'y a aucune mention du tourisme ou de l'énergie, par exemple.» Il soutient l'assemblée constituante. «Elle sera composée aussi de personnes issues de la société civile, avec des acteurs économiques.»

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