Une crise bien plus forte que prévu
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Une crise bien plus forte que prévu

Le président de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, a reconnu jeudi que les conséquences de la crise du marché hypothécaire aux Etats-Unis dépassaient les prévisions les plus pessimistes, justifiant a posteriori la forte baisse des taux de la «Fed».

«Les turbulences ont eu pour origine les inquiétudes sur les crédits hypothécaires à risques, mais les pertes qui en ont résulté sur les marchés financiers mondiaux ont largement dépassé les estimations les plus pessimistes du montant des pertes possibles sur ces prêts», a souligné le patron de la Réserve fédérale américaine, qui était auditionné par le Congrès.

M. Bernanke intervenait pour la première fois en public depuis la décision, mardi, de la Réserve fédérale d'abaisser d'un demi- point de pourcentage ses deux taux directeurs pour éviter une contagion de cette crise financière à l'»économie réelle». Cette décision, par sa détermination, avait surpris les marchés qui pariaient plutôt sur une baisse limitée d'un quart de point.

L'assouplissement monétaire décidé par Fed a provoqué une forte reprise des marchés boursiers et poussé aux sommets les cours de l'Euro et du pétrole.

«Cette action était conçue pour empêcher certains effets contraires sur l'économie, au sens le plus large, suscités par les dysfonctionnement des marchés financiers et pour favoriser une croissance modérée sur la durée», a dit M. Bernanke, en reprenant mot pour mot son communiqué de mardi.

Incertitudes accrues

Les turbulences sur les marchés ont «accru les incertitudes sur les perspectives de la croissance mondiale». Pour autant, le système financier mondial est dans une «position relativement solide» pour sortir de la crise, selon lui.

Intervenant devant la même assemblée, le secrétaire au Trésor Henry Paulson a relevé que certains des marchés financiers parmi les plus touchés par la crise des prêts hypothécaires à risques commençaient à se redresser.

«Nous commençons à voir des signes encourageants» sur certains marchés du crédit, même si ceux-ci ne fonctionnent pas encore «de façon normale».

Comme il l'a dit à plusieurs reprises, M. Paulson a reconnu que la crise financière exercerait une ponction «modeste» sur la croissance de la première puissance mondiale. «La force intrinsèque de l'économie devrait permettre une poursuite de la croissance», a- t-il une nouvelle fois pronostiqué.

Bush optimiste

La Maison Blanche a abondé dans ce sens. «Les données fondamentales de notre économie sont fortes, l'inflation est faible, le marché du travail est stable et fort», a pour sa part déclaré le président américain George W. Bush, lors d'une conférence de presse.

«Je suis optimiste», a-t-il ajouté, réaffirmant qu'il bloquerait toute tentative du Congrès à majorité démocrate d'augmenter les impôts.

Pressé par les parlementaires, préoccupés par la montée du nombre de saisies immobilières, M. Bernanke a évoqué la possibilité d'une plus grande implication des pouvoirs publics en faveur des emprunteurs en difficulté.

«Mais, au final, de tels mécanismes ont des limites et aucun programme gouvernemental ne parviendra à apporter une aide significative aux emprunteurs les plus en danger sans des subventions publiques», a-t-il noté.

M. Bernanke a réitéré la nécessité pour les banques hypothécaires d'avoir un dialogue avec leurs clients les plus fragiles, pour revoir, si nécessaire, les termes de leur emprunt. Une telle démarche permettrait dans bien des cas d'éviter une procédure judiciaire et l'éviction de familles de leurs maisons, tout en étant souvent moins coûteuse pour le créancier. (ats)

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