Alain Delord: Une «deuxième vie qui commence»

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Alain DelordUne «deuxième vie qui commence»

Le navigateur breton, secouru par «miracle» après le naufrage de son voilier, a remercié les autorités australiennes de l'avoir sorti des eaux déchaînées où il a passé 3 jours et 2 nuits.

«C'est une deuxième vie qui commence. Les chances d'être là aujourd'hui étaient toutes petites», a déclaré Alain Delord, ému, dans le port de Hobart en Tasmanie après son débarquement du navire de croisières antarctiques Orion. «C'est un miracle (...), je veux remercier l'Australie», a-t-il dit en français au cours d'une conférence de presse.

En bonne santé malgré quelques contusions, des mains gonflées et des articulations un peu raides, ce spécialiste des transatlantiques en solitaire a passé seul 56 heures dans le bouillon des mers du Sud avant d'être secouru.

Trois jours et deux nuits sur un canot de survie

Alain Delord, né en 1949, avait dû se résoudre vendredi à quitter «Tchouk Tchouk Nougât», son voilier de 10,6 mètres, après la perte de son mât et d'importants dommages sur la coque à environ 500 milles nautiques (900 kilomètres) au sud-sud-ouest de la Tasmanie.

Réfugié pendant trois jours et deux nuits sur un canot de survie ballotté par des creux de sept mètres et des vents de 30 à 40 noeuds (55-75 km/h), il a été secouru dimanche soir par l'Orion à 380 milles (700 km) de Hobart. Il avait alors passé plus de 80 jours seul en mer.

Parti du Crouesty (Morbihan, ouest de la France) le 27 octobre, 15 jours avant les concurrents du Vendée Globe, la mythique course autour du monde disputée tous les quatre ans, il espérait boucler son tour, sans escale et sans assistance, en un peu moins de six mois.

«J'avais confiance dans mon bateau»

Le marin a indiqué qu'il avait «confiance» dans son voilier, un A35 taillé pour la navigation en solitaire, mais qu'il avait probablement eu le tort de s'approcher d'un cyclone. «J'avais confiance dans mon bateau mais j'étais trop près du centre de la dépression», a-t-il reconnu.

Au onzième jour de sa croisière dans l'Antarctique, l'Orion a été le seul navire croisant dans la zone du naufragé à répondre à l'appel de l'Autorité australienne de sécurité maritime (AMSA). Malgré la déception de ses passagers, le navire s'est détourné alors qu'il se trouvait à 680 milles (1250 km) au sud de la position d'Alain Delord.

La mer était parcourue d'immenses creux et balayée de vents très forts qui rendaient les conditions de sauvetage extrêmes. «Il est passé tout près de l'autre côté . Il a vu ses derniers moments arriver. Son radeau s'est retourné plusieurs fois», avait confié lundi à l'AFP sa compagne, Armelle Launay-Caillaud.

Pas d'eau, pas de nourriture

«Je n'avais pas de communications, pas d'eau, pas de nourriture. J'avais une balise de détresse (mais) je ne savais pas si elle marchait», a relaté Alain Delord. La balise a bien été activée, permettant de le localiser et de lui larguer des vivres et des équipements radio.

«C'était la marine, les avions qui tournaient, c'était formidable. Je veux dire merci à l'Australie, merci à la Marine australienne», a insisté le circumnavigateur. A Hobart, Alain Delord, qui a perdu tous ses effets personnels restés à bord du «Tchouk Tchouk Nougât», a dû régulariser sa situation administrative. Il devrait rentrer en France sous peu.

Interrogé sur le fait de savoir s'il retenterait l'aventure, le Breton a souligné que ses rêves se heurtaient à un «problème financier». Le voilier n'était pas assuré et la perte se monte à 150'000 euros, selon Armelle Launay-Caillaud. Cet ancien skipper professionnel spécialiste des transatlantiques est né à Vannes et vit à Arzon, dans le Morbihan.

(afp)

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