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Haute-Savoie (F)Une dramatique partie de chasse avait fait un mort

Un jeune chasseur avait tué un fan de VTT. Une balle perdue, affirme la défense; une battue mal organisée, estime le procureur.

par
Maria Pineiro
Le vététiste décédé.

Le vététiste décédé.

DR.

Mardi, ce sont quatre chasseurs, trois jeunes, le père de l'un d'entre eux et sa femme qui se sont retrouvés devant le Tribunal de Thonon-les-Bains (F) pour une battue de chasse à l'issue dramatique en octobre 2018. Un vététiste y avait trouvé la mort (lire encadré).

Chasse «à l’arrache»

Une chasse organisée «à l'arrache», a jugé le président du Tribunal: annonce tardive, pas de responsable défini, pas de rappel des règles de sécurité, pas d'éloignement minimal des habitations, pas de directives. «On» et les souvenirs incomplets se sont invités à l'audience. «On mangeait tous ensemble et on a décidé d'aller chasser le lendemain.» «Mais qui?», ont demandé la Cour et l'accusation avec pour seule réponse, répétée, «je ne sais pas, je ne me souviens plus». Idem pour les circonstances de la chasse, impossible de savoir qui a placé les chasseurs, qui les a guidés sur les lieux.

Résultat: le tireur, un chasseur invité, ne connaissait pas le site. Devant la Cour, il a admis ne pas avoir procédé à un tir fichant, à savoir en direction du sol. Mais il a affirmé haut et fort qu'il n'avait pas tiré sur une forme indéfinie qui bougeait, mais sur un sanglier. «Je le voyais comme je vous vois», s'est-il défendu devant le président à trois mètres de lui. En fin d'audience, il s'est excusé et a exprimé ses regrets face à la veuve et au père du vététiste décédé. Son avocat a appuyé la thèse de la balle perdue, alors que le procureur a estimé que le prévenu avait tiré sur une forme non identifiée en mouvement.

«Sous le coup de la panique»

A ses acolytes, il est reproché, une fois le drame découvert, d'avoir modifié la scène du crime en plaçant les panneaux d'information obligatoires a posteriori et d’avoir falsifié le carnet de battue en le complétant également après les faits. Par ailleurs, le carnet de battue mentionnait comme absents deux chasseurs ayant participé à la battue: celui qui avait posé les panneaux après coup et le père, qui avait bu au repas de midi, puis fumé un joint. «Je l'ai fait sous le coup de la panique», ont-ils tous peu ou prou expliqué.

Une version que le procureur a battue en brèche, estimant qu'ils avaient fait «au contraire état d'un incroyable sang-froid avec pour seul but de ne pas être punis et de ne pas se voir interdire de chasse». Il les a décrits comme une bande de «jeunes, excités par les armes et l'idée de tuer». La défense, elle, a plaidé la panique, car falsifier la scène et les documents n'était pas dans leur intérêt, bien au contraire. Elle a également pointé la problématique de vouloir faire plaisir à tous les usagers de la nature en même temps: chasseurs, vététistes, promeneurs ou champignonneurs, ce qui rendait la sécurisation des lieux très fréquentés impossibles.

Un an ferme

Le tireur a écopé de quatre ans de prison, dont trois avec sursis. Les autres prévenus ont été condamnés à des peines avec sursis. Tous les chasseurs se sont vu interdire de chasser et de posséder des armes durant des périodes allant de trois à dix ans.

Assistant au procès, un proche ami de la victime s'est dit déçu et triste du résultat du procès: «Nous sommes venus en audience, espérant trouver la vérité, mais elle ne s'est jamais manifestée, les prévenus affirmant toujours ne pas se souvenir des détails ni des responsabilités.»

Entrepreneur aux Gets

Le 13 octobre 2018, à Montriond, dans la commune de Morzine, peu après 17h30, une battue vire au drame. Après avoir chassé dans la matinée, puis avoir mangé ensemble à midi, sept personnes retournent chasser. L'une d'elles, après avoir raté un chevreuil, tire sur ce qu'elle dit être un sanglier. Au bout du fusil, un vététiste qui circulait sur un chemin balisé, mais interdit aux VTT. La victime, un Anglais de 34 ans, est restaurateur et entrepreneur aux Gets avec sa compagne. Les faits avaient suscité beaucoup d'émotions dans la région et au sein de la communauté des chasseurs.

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