Genève - Une drôle de manufacture vouée à la transition verte
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GenèveUne drôle de manufacture vouée à la transition verte

Des associations réunies dans un immense bâtiment veulent réussir à produire sans gaspiller.

par
Jérôme Faas
Le MACO à Genève va officiellement ouvrir ses portes ce lundi.

Le MACO à Genève va officiellement ouvrir ses portes ce lundi.

20min/Vanessa Lam

Un laboratoire géant consacré à l’artisanat, à la transition écologique et au recyclage: la manufacture collaborative, ou MACO, que l’on peine à définir tant le concept détonne, a pris ses quartiers en bordure de la ZIC, la zone industrielle des Charmilles. Dans ce bâtiment de 1300 m2, six associations (un nombre voué à croître) se sont attelées à faire l’expérience à grande échelle de l’économie circulaire, autrement dit à produire en limitant au minimum le gaspillage de ressources. «Durabilité, échange, mutualisation» en sont les maîtres mots, synthétise Julien Rey, le coordinateur de l’ensemble, qui fonctionne depuis le début de l’année mais sera formellement inauguré lundi en présence des autorités de la Ville de Genève, qui subventionne le projet.

Trésors issus des chantiers

Au rez-de-chaussée, véritable temple de la récupération, se trouve «La Ressourcerie». Trois associations y participent. Materiuum récupère, revalorise et revend des matériaux réutilisables. Bois, métal, mobilier, sanitaires, tissus, etc. «Ils se fournissent notamment sur les chantiers de déconstruction, comme celui de la caserne des Vernets», explique Julien Rey. Tout ce qui peut revivre est considéré. «Ils ont aussi amassé des centaines de boules à facettes, par exemple.» Tout un chacun peut venir y trouver son bonheur, dont les étudiants de la HEAD, friands des lieux.

Scie circulaire et machine à hot-dog

La Manivelle, elle, est une «bibliothèque d’objets». Les membres peuvent y emprunter une scie circulaire, une machine à hot-dog, ou une tente de camping, au hasard, l’idée étant d’éviter d’acheter ce que l’on n’utilisera qu’une fois dans sa vie – et donc d’éviter la surconsommation, et la ruine. Sipy, enfin, est un troc d’habits. «Tu déposes des habits dont tu ne veux plus, tu obtiens des crédits qui te permettent de repartir avec d’autres. Bref, tu chines gratuitement», résume le maître des lieux.

Des ateliers très pointus

Changement d’ambiance au premier étage, avec La Fabrique. Là-haut règnent les ateliers. Le fablab Onl’fait propose une machine-outil à commande numérique (CNC), sorte d’imprimante 3D permettant de réaliser des pièces en bois. L’objet est trop grand pour être installé chez un particulier, et trop cher pour certains professionnels. «L’idée, c’est de former les gens pour qu’ils puissent l’utiliser eux-mêmes.» Au Fil du geste propose un service similaire pour les métiers du textile, avec des machines à coudre professionnelles ou une brideuse numérique. Le Grand atelier, enfin, offre… un grand atelier, équipé de tous ce dont peut rêver un bricoleur. «Là aussi, nous pouvons former et accompagner. Les usagers ne sont pas membres, ils paient l’accès aux infrastructures, envisagées comme des services.»

Cette caverne d’Ali Baba, qui abrite également quatre ateliers loués par des artistes et une salle de réunion polyvalente voulue comme «une interface avec le quartier» espère surtout prouver la pertinence de «ces nouveaux modèles de la transition écologique, développe Julien Rey. L’idéal serait d’atteindre, d’ici cinq ans, la viabilité économique du projet, dépendant pour l’heure des subventions. Cela passe par la professionnalisation à terme des associations, certaines en étant déjà proches, d’autres fonctionnant sur le seul mode du bénévolat.»

Formation des jeunes

Outre son volet manufacturier, la MACO envisage son activité de manière plus large. Adossée à la ZIC et à la septantaine d’artisans y œuvrant, elle rêve «d’un échange de publics, qui permettrait de les valoriser. Il s’agit d’intégrer ces zones à la ville, à la cité. Le défi, pour nos associations, sera d’élargir leur nombre d’usagers, de sortir du premier cercle de convaincus qui les fréquentaient déjà avant, lorsqu’elles étaient dans des caves.» L’idée est aussi d’offrir des cours aux jeunes, «afin de leur faire découvrir les métiers de l’artisanat». La MACO rêve ainsi d’intégrer les personnes hors marché, ados en rupture, migrants ou retraités.

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