Actualisé 26.10.2009 à 14:35

Allemagne

Une Egyptienne voilée tuée sous les yeux de son fils

Le procès du meurtrier présumé d'une Egyptienne voilée, poignardée en plein tribunal alors qu'elle était enceinte, s'est ouvert lundi à Dresde, en Allemagne.

Il est placé sous très haute sécurité en raison de la colère que ce crime xénophobe a provoqué dans le monde arabe.

L'accusé, 28 ans au moment des faits, est un membre de la minorité allemande de Russie qui a immigré en 2003. Il est jugé devant le tribunal de Dresde, où a eu lieu le meurtre de l'Egyptienne et la tentative de meurtre sur son mari, qui s'était porté à son secours. Il risque la prison à vie.

«Il les a poignardés par pure haine envers les non-Européens et les musulmans. Il voulait les annihiler», a lancé Frank Heinrich, un des avocats de l'accusation.

Derrière une vitre blindée

A son entrée dans la salle d'audience, l'accusé portait une capuche et des lunettes de soleil. Ayant refusé d'enlever les lunettes il a été condamné à une amende de 50 euros. La juge Birgit Wiegand l'a également menacé d'une seconde amende pour avoir refusé de décliner son identité.

Près de 200 policiers ont établi un cordon de sécurité autour du tribunal où le public admis à l'audience était soumis à des mesures très strictes de contrôle. L'accusé comparaissait derrière une vitre blindée.

Outre les membres de la famille de la victime, l'ambassadeur d'Egypte à Berlin Ramzy Ezzeldine Ramzy assistait également à l'audience. Le procès doit s'achever le 11 novembre.

Tuée sous les yeux de son fils

Le meurtre a eu lieu le 1er juillet lors de la comparution en appel du jeune homme condamné en première instance à une amende de 780 euros pour insultes racistes envers sa victime, âgée de 31 ans et enceinte de trois mois.

Un an auparavant, il l'avait traitée d'»islamiste», de «terroriste», et de «salope», après qu'elle lui a demandé si son fils pouvait utiliser une balançoire sur laquelle il était assis.

Au cours de l'audience en appel, l'accusé a sorti un couteau de cuisine en plein tribunal et porté seize coups à l'Egyptienne, une pharmacienne.

Son mari, chercheur en génétique, frappé à son tour à coups de couteau, avait également été blessé par balle à la jambe par un policier qui, dans la mêlée, l'avait confondu avec l'assaillant. Toute la scène s'était déroulée sous les yeux du premier enfant du couple, un garçon de 3 ans et demi.

Réaction des autorités tardive

Au-delà du débat sur la sécurité dans les tribunaux - le policier était intervenu plusieurs minutes après le début de l'agression - c'est surtout l'absence de réaction des autorités allemandes face à ce fait divers manifestement raciste qui avait choqué l'opinion publique arabe.

Plusieurs jours étaient passés avant que le meurtre ne commence à faire la «une» des journaux allemands sous l'angle «sécuritaire».

Ce n'est qu'une semaine après les faits que le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel avait annoncé une rencontre avec le président égyptien Hossni Moubarak, en marge d'une réunion du G8, tout en qualifiant les faits de meurtre «apparemment xénophobe».

Une vive émotion avait éclaté en Egypte et des manifestations avaient eu lieu au Caire, puis en Iran et en Turquie. Ces pays affirmaient que les Allemands relativisaient le caractère xénophobe du crime.

Pendant l'enquête, l'accusé n'a pas caché sa «haine féroce» des non-européens et surtout des musulmans. Les expertises psychologiques n'ont pas relevé d'éléments altérant sa responsabilité.

(ats)

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