11.10.2020 à 06:50

AsieUne élection présidentielle pour la forme au Tadjikistan

Emomali Rakhmon, qui dirige d’une main de fer le Tadjikistan depuis 1992, devrait être réélu pour un nouveau mandat de sept ans dimanche.

Emomali Rakhmon, le président du Tadjikistan, en 2017.

Emomali Rakhmon, le président du Tadjikistan, en 2017.

AFP

Les électeurs du Tadjikistan se sont rendus aux urnes dimanche, pour une élection présidentielle qui doit prolonger encore l’emprise du chef de l’Etat sortant Emomali Rakhmon sur cette ex-république soviétique d’Asie centrale minée par la misère.

L’autoritaire dirigeant de 68 ans devrait être élu pour un nouveau mandat de sept ans et ainsi rallonger son record de longévité au pouvoir dans l’ancien espace soviétique.

Rakhmon, aux commandes du pays depuis 1992 et notamment durant la guerre civile qui ensanglanté le pays jusqu’en 1997, a voté dimanche dans «une école pour enfants doués», selon l’agence russe Ria Novosti, saluant la presse et visiblement de bonne humeur.

Des faire-valoir

Il a glissé son bulletin dans l’urne, portant un masque chirurgical, du fait de l’épidémie de nouveau coronavirus, tout comme les assesseurs des bureaux de vote du pays. Ceux-ci ont ouvert à 06H00 et fermé comme prévu à 20H00 locales (01H00-15H00 GMT). Le résultat du scrutin doit lui être annoncé lundi. A 10H00 GMT, la participation électorale s’établissait déjà à 70%.

Face à M. Rakhmon, quatre candidats considérés comme des faire-valoir pour le président, ce dernier ayant au fil des décennies écarté de la scène politique toute forme d’opposition.

Leur rôle est «de donner une illusion de campagne à ce qui serait sans cela un non-événement», estime John Heathershaw, professeur de relations internationales à l’université d’Exeter au Royaume-Uni.

«Un leader national»

La candidature de M. Rakhmon avait été formellement proposée en août par les syndicats tadjiks, qui avaient expliqué leur décision par le fait que le chef de l’Etat avait permis la «restauration de l’unité nationale, de la paix et de la stabilité» après la guerre civile. La seule formation considérée comme d’opposition dans la pays, le parti social-démocrate, a boycotté le scrutin.

«Tout le pouvoir, tous ses leviers, travaillent pour le bénéfice d’un seul homme», a dénoncé auprès de l’AFP le numéro deux du parti, Chokirjon Hakimov, pour qui «le népotisme, le régionalisme et la corruption» caractérisent le régime en place.

De nombreux électeurs interrogés dimanche matin louaient leur dirigeant. Zarina Mamadnazarova 25 ans, au chômage, a ainsi dit voter pour M. Rakhmon «car c’est le meilleur président, un leader national».

D’autres regrettaient que ce scrutin ne soit qu’une formalité et étaient bien en peine de nommer les concurrents du dirigeant tadjik. «Celui qui gagne à chaque fois va encore l’emporter», a ainsi noté Abdoukholik Faïzov, un étudiant: «C’est évident. Nous attendons encore des élections libres».

De l’argent à leurs familles

Ces derniers mois, le président a semblé par ailleurs organiser sa succession en plaçant son fils aîné, Roustam Emomali, 32 ans, à un poste clé.

Maire de la capitale tadjike Douchanbé, il est aussi depuis avril à la tête du Sénat. Or en cas d’incapacité du chef de l’Etat, c’est au président de la chambre haute d’assurer l’intérim à la présidence.

Le Tadjikistan est pays le plus pauvre d’Asie centrale et d’ex-URSS et compte officiellement plus de neuf millions d’habitants.

Des centaines de milliers de Tadjiks travaillent cependant en Russie ou au Kazakhstan, notamment sur les chantiers, pour pouvoir envoyer de l’argent à leurs familles.

Aucune élection n’a jamais été reconnue comme honnête par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, notamment les législatives du printemps.

Le pays, frontalier de l’Afghanistan, a connu une guerre civile entre le pouvoir pro-communiste et des rebelles intégristes musulmans qui a fait plus de 100'000 morts entre 1992 et 1997.

Le président Rakhmon est décrit par les médias officiels comme le seul capable de garantir la stabilité du pays. Il peut, aux termes d’une réforme constitutionnelle passée en 2016, enchaîner un nombre illimité de mandats

(ATS/NXP)

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