Actualisé 02.03.2016 à 07:59

Proche-OrientUne erreur de GPS met la ville à feu et à sang

Deux soldats israéliens se servant d'une application routière pour circuler en Cisjordanie se sont retrouvés par erreur dans un camp de réfugiés palestiniens.

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Des Palestiniens réclament la Présence internationale temporaire à Hébron (TIPH).  (Vendredi 1er février 2019)

Des Palestiniens réclament la Présence internationale temporaire à Hébron (TIPH). (Vendredi 1er février 2019)

AFP
Le président israélien Reuven Rivlin a rejeté dimanche la demande de grâce d'un soldat franco-israélien reconnu coupable et condamné pour avoir achevé un assaillant palestinien blessé et au sol. (Dimanche 19 novembre 2017)

Le président israélien Reuven Rivlin a rejeté dimanche la demande de grâce d'un soldat franco-israélien reconnu coupable et condamné pour avoir achevé un assaillant palestinien blessé et au sol. (Dimanche 19 novembre 2017)

Keystone
Israël va accélérer la construction d'un mur souterrain autour de Gaza visant à empêcher les infiltrations palestiniennes par des tunnels. (Jeudi 10 août 2017)

Israël va accélérer la construction d'un mur souterrain autour de Gaza visant à empêcher les infiltrations palestiniennes par des tunnels. (Jeudi 10 août 2017)

Keystone

L'arrivée des soldats israéliens dans le camp de réfugiés palestiniens de Qalandya lundi avant minuit a provoqué de violents heurts. Ces violences ont duré plusieurs heures quand les forces israéliennes ont lancé une vaste opération pour extraire les deux militaires et empêcher un éventuel lynchage. Les soldats ont pu être récupérés sains et saufs. Mais un Palestinien a été tué et dix autres blessés, selon les autorités palestiniennes. Côté israélien, cinq garde-frontières ont été blessés dont un sérieusement, a dit la police.

Ces événements ont immédiatement soulevé une multitude de questions sur le rôle qu'aurait joué l'application à succès Waze et sur les rapports entre les soldats d'une armée réputée la plus avancée technologiquement dans la région et les nouveaux outils de circulation et de communication.

Un mauvais raccourci

Les soldats fourvoyés «ont apparemment utilisé Waze, qui leur a donné un raccourci de Jérusalem à Ramallah», a dit le ministre de la Défense Moshé Yaalon, cité par son bureau. Une enquête devra dire comment les soldats se sont retrouvés dans cette nasse, a dit l'armée.

Waze, rachetée en 2013 par le géant américain Google, a décliné toute responsabilité. Selon un porte-parole, les deux soldats ont délibérément désactivé un paramètre qui les aurait tenus à l'écart du danger.

Ils ont en plus ignoré le trajet suggéré par Waze et les panneaux interdisant aux Israéliens d'entrer dans cette zone sous contrôle palestinien. «Au bout du compte, c'est au conducteur de faire preuve d'un certain degré de prudence», a dit Waze, déjà confronté à différentes controverses dans le monde.

Engins explosifs

La jeep a été attaquée à coups de pierres et de bouteilles incendiaires aussitôt entrée dans le camp. Qalandya est une véritable petite ville aux ruelles étroites tout près de Jérusalem, mais de l'autre côté du mur de béton construit par Israël et censé protéger les Israéliens des attentats venus de Cisjordanie.

Les deux soldats ont dû abandonner leur véhicule en flammes, a expliqué le porte-parole de l'armée, le général Moti Almoz. L'un d'eux s'est caché dans la cour d'une maison et a tiré pour se défendre et signaler sa position, tandis que le second s'est enfui vers une colonie israélienne proche.

Les deux hommes ont été exfiltrés indemnes, mais l'arrivée de renforts massifs a provoqué de nouveaux affrontements. Des Palestiniens ont lancé des engins explosifs et tiré à l'arme à feu sur les soldats israéliens qui ont riposté, a dit la porte-parole de la police.

Cris de vengeance

Des milliers de Palestiniens ont suivi mardi aux cris de vengeance les funérailles du Palestinien tué, un étudiant en journalisme de 22 ans. «L'armée israélienne a pris le camp d'assaut avec des forces innombrables», a rapporté son père auprès de l'AFP. «Pour décrire la situation, vous pouvez parler de guerre».

Qalandya est le théâtre d'affrontements fréquents. Onze mille réfugiés ayant fui leurs villages à la création de l'Etat d'Israël en 1948 s'entassent dans ce camp devenu une ville au pied du mur de séparation, selon l'ONU.

Interrogations en Israël

L'entrée par erreur des soldats à Qalandya a soulevé des interrogations au sein de l'armée. «Il faut vérifier qui les a envoyés en mission, ce qu'ils savaient et ce qu'ils ne savaient pas, et que faire, quand, à l'époque moderne, c'est Waze qui vous montre le chemin», a dit le ministre de la Défense.

«J'ai appris il y a longtemps, quand le GPS est entré en service, qu'il ne faut pas oublier comment on se sert d'une carte, qu'il faut surtout connaître son environnement», a-t-il ajouté.

Les territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont en proie depuis le 1er octobre à des violences qui ont fait 178 morts palestiniens, 28 israéliens, un Américain, un Erythréen et un Soudanais, selon un décompte de l'AFP. (ats)

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