Vie nocturne – Une étude confirme la circulation de GHB, mais rarement lors d’agressions

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Vie nocturneUne étude confirme la circulation de GHB, mais rarement lors d’agressions

Le Centre universitaire romand de médecine légale a mené des analyses systématiques en 2021, et constate la présence bien réelle de GHB en Suisse romande, y compris d’un cas avéré dans le cadre d’une agression sexuelle. Mais la rapidité de l’élimination de la substance par le corps limite beaucoup les résultats.

par
Pauline Rumpf
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La Ville de Lausanne a annoncé récemment le subventionnement de 4000 «capotes à verre» pour lutter contre les intoxications au GHB 

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Patrick Martin / 24 heures
Eliane Foucault, infirmière cheffe du Service des urgences CHUV, indique qu’une priorisation sera faite lors des admissions aux urgences pour raccourcir les délais de prélèvement.

Eliane Foucault, infirmière cheffe du Service des urgences CHUV, indique qu’une priorisation sera faite lors des admissions aux urgences pour raccourcir les délais de prélèvement.

20min/Vanessa Lam
Marc Augsburger, Unité de toxicologie et chimie forensique CURML, a mené la première étude en Suisse présentant des analyses systématiques et pas seulement sur demande.

Marc Augsburger, Unité de toxicologie et chimie forensique CURML, a mené la première étude en Suisse présentant des analyses systématiques et pas seulement sur demande.

20min/Vanessa Lam

Le nombre de signalements est de plus en plus important, notamment sur les réseaux sociaux, depuis quelques années: après des black-out ou des agressions, des personnes (souvent des femmes) suspectent le fait d’avoir avoir été droguées au GHB, et la rumeur se répand (comme à Fribourg ou Genève et Lausanne) sans que des preuves ne soient présentées.

Et pour cause: les analyses réelles sont rares et souvent trop tardives. Pour amener un éclairage systématique sur la question, le premier en Suisse, le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) a présenté mercredi une étude menée en 2021 sur tous les prélèvements transitant par leurs laboratoires, soit sur demande d’un Ministère public, soit d’un privé ou via des analyses cliniques. Cela concerne les cas d’agressions, bagarres, accidents, et autres brigandages.

Un seul cas avéré, mais possiblement davantage

Résultat: le GHB circule effectivement en Suisse romande, notamment car il est également consommé de façon récréative; mais il ne fait pas partie des principaux stupéfiants consommés. Il a été détecté trois fois après des accidents de la route (qui représentent 78% des analyses). Dans des cas d’agression sexuelle ou de black-out, 60 analyses ont été menées en Suisse romande, dont 13 sur demande des victimes. Toutefois, seul un cas avéré a été découvert, lors d’une consultation dans le Canton de Vaud. La substance avait en l’occurrence bien été administrée à son insu.

«Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu plus de cas», rappelle Marc Augsburger, toxicologue forensique au CHUV. En effet, le GHB disparait du sang en six à huit heures, et de l’urine en douze heures. Or, si les analyses menées lors d’accident sont souvent rapides en raison de l’arrivée de la police et des secours sur les lieux, les échantillons prélevés après une potentielle agression sexuelle datent en moyenne de douze heures après les faits. «Dans plus de 50% des cas, une éventuelle trace de GHB serait donc de toute façon indétectable», note le spécialiste.

Raccourcir le délai de prélèvement

«D’où l’importance d’adapter notre protocole», a expliqué Eliane Foucault, infirmière-chef du service des urgences du CHUV. L’échantillonnage d’urine devra se faire le plus rapidement possible à l’arrivée d’une personne aux urgences, et le prélèvement sanguin devra également devenir prioritaire, tout en gardant en tête évidemment qu’il existe de nombreuses autres urgences.» 

Pour une victime présumée, donc, le commissariat n’est pas le premier recours à envisager, mais bien la consultation médicale. «Des discussions sont en cours avec les polices, qui pourraient elles-mêmes effectuer certains prélèvements, mais rien n’a été décidé pour l’instant», précise Pierre-Nicolas Carron, chef de service des urgences du CHUV. Un passage chez des professionnels de la santé est par ailleurs utile pour détecter d’autres traumatismes potentiels qui pourraient attester d’une agression, ou éliminer d’autres causes possibles du black-out, comme la crise d’épilepsie, précise Eliane Foucault. 

Difficile de démêler les substances

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