France - Turquie: Une étudiante jugée pour terrorisme

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France - TurquieUne étudiante jugée pour terrorisme

Le procès d'une étudiante franco-turque soupçonnée de liens avec une organisation interdite d'extrême-gauche, dont le cas a suscité un élan de solidarité en France, s'est ouvert mercredi devant une cour d'assises de Bursa, dans le nord-ouest de la Turquie.

Sevil Sevimli, 20 ans, s'est présentée à l'audience avec cinq autres personnes arrêtées en même temps qu'elle, a constaté un journaliste de l'AFP.

«Nous sommes ici pour des raisons ridicules. J'espère que je serai acquittée le plus rapidement possible mais je ne pense pas que ça va se faire tout de suite», a déclaré la jeune femme avant le début de l'audience.

Arrivée de Lyon au début de l'année à Eskisehir (nord-ouest), dans le cadre d'un échange universitaire européen, elle a été arrêtée et incarcérée le 10 mai. Après trois mois passés en prison, elle a été remise en liberté sous contrôle judiciaire début août, avec interdiction de quitter la Turquie.

Elle risque entre 15 et 32 ans de prison

Sevil Sevimli encourt entre 15 et 32 ans de prison pour «appartenance à une organisation terroriste» et «propagande en faveur d'une organisation terroriste», selon son avocat Me Sami Kahraman.

Les procureurs l'accusent de liens avec une organisation d'extrême-gauche proche de la cause kurde et interdite en Turquie, le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C). Auteur de nombreux attentats depuis la fin des années 1970, cette organisation a revendiqué le 11 septembre un attentat suicide qui a coûté la vie à un policier à Istanbul.

La justice reproche à Sevim Sevimli d'avoir participé au grand défilé syndical du 1er mai à Istanbul, d'avoir manifesté en faveur de la gratuité de l'éducation en Turquie et d'avoir assisté, avec des milliers d'autres, à un concert de Grup Yorum, un groupe engagé à gauche et traqué par la justice.

Soutien massif en France

Le cas de la jeune femme a suscité un élan de mobilisation en France, où la pétition ouverte par son comité de soutien a déjà recueilli 120.000 signatures. Le quotidien français Le Monde a interpellé le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en publiant le 29 juin dernier en «une» un éditorial intitulé «Quel crime a commis Sevim Sevimli, M. Erdogan ?».

L'affaire Sevimli est emblématique des dérives causées par l'arsenal législatif anti-terroriste mis en place par Ankara pour lutter contre la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l'extrême-gauche. Selon les organisations étudiantes, au moins 700 étudiants sont aujourd'hui emprisonnés en Turquie, toujours candidate à une adhésion à l'Union européenne (UE), pour leurs seuls liens avec l'extrême-gauche ou les mouvements kurdes.

«En Turquie, les procureurs estiment que distribuer des journaux autorisés, défiler dans des manifestations sans violence ou participer à des réunions publiques constituent des preuves d'appartenance à un groupe terroriste», a indiqué à l'AFP Emma Webb Sinclair, de l'ONG Human Rights Watch, «il est temps que la Turquie révise ses lois antiterroristes et libère les milliers de personnes en détention provisoire».

(afp)

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