Actualisé 09.07.2020 à 20:06

Allemagne

Une éventuelle accointance entre police et extrême droite fait scandale

Un ordinateur des forces de l’ordre a été utilisé pour récolter les données personnelles d’une responsable politique. Une affaire qui fait grand bruit outre-Rhin.

Janine Wissler a reçu plusieurs lettres ou emails de menaces de mort. Ses données personnelles avaient été recherchées sur un ordinateur de la police de Francfort.

Janine Wissler a reçu plusieurs lettres ou emails de menaces de mort. Ses données personnelles avaient été recherchées sur un ordinateur de la police de Francfort.

Keystone

Les autorités allemandes doivent faire face à des accusations croissantes de proximité entre la police et la mouvance d'extrême droite, à la suite de menaces de mort envoyées à plusieurs responsables politiques.

La polémique a enflé après des révélations montrant qu'un ordinateur de la police de Francfort avait été utilisé pour rechercher les données personnelles d'une responsable politique de gauche de cette région.

Cette dernière, Janine Wissler, a reçu plusieurs lettres ou emails de menaces de mort signés du nom de «NSU 2.0», en référence à un groupuscule néonazi allemand, dont les membres ont commis une dizaine d'assassinats racistes durant la décennie 2000.

Une avocate allemande connue pour défendre des migrants ou des Allemands d'origine étrangère, Seda Basay-Yildiz, a elle aussi reçu dans le passé des menaces de la part de ce mouvement extrémiste.

Et plusieurs responsables politiques du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel ont été visés.

«Le soupçon est lourd»

Le ministre de l'Intérieur de la région de Francfort, la Hesse, Peter Beuth, a annoncé dans ce contexte jeudi la nomination d'un «enquêteur spécial» pour tenter de faire la lumière sur cette affaire.

Il a affirmé ne pas avoir «de preuves» de l'existence d'un réseau d'extrémistes de droite au sein de la police.

Mais l'utilisation d'un ordinateur de service de la police locale pour récolter des données sur l'une des cibles des lettres de menace «nourrit le soupçon», a-t-il reconnu.

«Le soupçon est lourd, j'attends de la police de Hesse qu'elle fasse tout le nécessaire pour le dissiper», a dit le ministre.

Si l'utilisation de l'ordinateur de la police est avérée, les enquêteurs n'ont pu établir à ce jour qui avait envoyé les lettres de menace. Un policier a été entendu comme témoin dans ce dossier mais pas inculpé.

Rapport du Renseignement intérieur attendu en septembre

Cette affaire survient alors que la police allemande de manière générale, après l'armée, se voit accusée d'abriter en son sein des éléments d'extrême droite et racistes. Un débat qui a pris de l'ampleur à la suite de la mobilisation autour du slogan «Black Lives Matter» ("Les vies noires comptent") né aux Etats-Unis.

Le ministre fédéral de l'Intérieur, le conservateur Horst Seehofer, refuse de mener une étude concernant ses services de police, que soutient pourtant le ministère de la Justice.

Mais le Renseignement intérieur a annoncé jeudi qu'il rendrait d'ici fin septembre un rapport faisant le point sur les tendances extrémistes au sein de toutes les forces de sécurité du pays.

(AFP)

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