Nyon (VD): Une expo qui apporte un autre regard sur la violence domestique
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Nyon (VD)Une expo qui apporte un autre regard sur la violence domestique

Une photographe genevoise victime de violences conjugales présente une exposition où elle propose une autre perspective sur ce fléau et sur la façon d’en percevoir les facettes.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
L’expo ne contient pas d’images de coups et de blessures, mais des images symboliques tel cet arbre qui plie mais ne rompt pas.

L’expo ne contient pas d’images de coups et de blessures, mais des images symboliques tel cet arbre qui plie mais ne rompt pas.

Rebecca Bowring

Pas de sang, pas de bleus. Ni lèvres tuméfiées ni œil au beurre noir. Nulle part une trace flagrante de blessure. Et pourtant… Les photos de Rebecca Bowring évoquent de manière suggestive la violence domestique. Elles la clouent au pilori avec subtilité, invitent les victimes à se lever pour pousser un «non» puissant et se départir de la honte et du déni. La photographe ne s’en cache pas, l’absence d’images victimisantes est un choix. Un choix pour donner corps à sa volonté de «dénoncer un fléau très répandu».

Le déconfinement du non

Pour la photographe genevoise, qui expose jusqu’au 12 juin à la galerie Focale de Nyon, la révélation a sonné au printemps 2020. À une période où les mots «distance sociale», «geste barrière» ou encore «confinement» bouleversaient notre quotidien. L’idée d’un travail photographique sur les violences domestiques germe à ce moment-là. D’autant plus que la distance avec les amis et l’absence de liens sociaux, que beaucoup expérimentaient pour la première fois, n’avaient rien d’inédit pour Rebecca Bowring. «Je n’avais plus de mandat à cause de la pandémie. En triant des images réalisées auparavant, j’ai constaté qu’elles reflétaient des émotions liées à la violence vécue», explique-t-elle. Et dans ce mélange de sentiments où déni, larmes, honte et silence cohabitent, ses photos expriment les différentes facettes de la violence domestique. «Pour rappeler l’incertitude et représenter les sentiments multiples et complexes, parfois contradictoires, qu’implique le fait d’être confinée par une relation toxique», commente la trentenaire. Une situation qui provoque, selon Rebecca Bowring, «solitude, adaptation permanente et effacement de soi pour ne pas provoquer le tonnerre qui n’est jamais loin».

Se libérer des chaînes

La prise en compte de l’environnement d’enfermement et de la recherche d’évasion révélés dans ses images a eu lieu pendant le semi-confinement. Rebecca Bowring a porté son choix sur des photos métaphoriques qui cherchent à se détacher des chaînes qui entravent la liberté et révèlent les signes de la violence au sein du couple. Telle cette image d’un arbre qui se plie face aux vents tempétueux. «Quand on m’a dit que je vivais dans la violence domestique, je ne me reconnaissais pas dans les images préexistantes. À travers ce travail, je souhaite proposer un autre regard sur la représentation photographique des violences domestiques», résume-t-elle. Avec ses photos, elle s’adresse aux victimes réduites au silence pour les inciter à sortir du carcan de la violence et surtout à voir ces images comme un écho aux émotions vécues. Afin que «le tonnerre révèle ce que la foudre tente de cacher».

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