Lausanne: Une famille afghane se bat contre son renvoi

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LausanneUne famille afghane se bat contre son renvoi

Un couple s'est adressé à la Cour européenne des droits de l'homme pour éviter son expulsion vers l'Italie. Les parents craignent entre autres d'être séparés de leur cinq enfants.

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a examiné mercredi à Strasbourg la requête déposée contre la Suisse par une famille de réfugiés afghans, contestant le projet de son expulsion vers l'Italie. Golajan Tarakhel, 42 ans, et Maryam Habibi, 32 ans, habitent actuellement à Lausanne (VD). Ils avaient d'abord quitté l'Iran, où il vivaient depuis quinze ans, pour la Turquie, selon le récit de la CEDH. De là, le couple a gagné clandestinement l'Italie par bateau, accompagné de ses cinq enfants mineurs.

Arrêté en mer par la police italienne, le couple a été enregistré en juillet 2011 dans le système Eurodac, qui rassemble les empreintes digitales des demandeurs d'asile et des personnes ayant franchi irrégulièrement une frontière. La famille a ensuite été conduite dans un centre d'accueil à Bari, dans le sud-est de l'Italie. Les Tarkhel y sont restés quelques jours avant de gagner l'Autriche, où ils ont déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée.

Arrivés en Suisse fin 2011

De crainte d'être renvoyés en Italie, ces ressortissants afghans sont alors entrés en Suisse, où ils y ont également demandé l'asile, en novembre 2011. L'Office fédéral des migrations (ODM) a rejeté leur demande en janvier 2012 et ordonné leur expulsion vers l'Italie. La famille a alors saisi le tribunal administratif fédéral, qui a définitivement rejeté leurs recours, en février et mars 2012.

La famille, qui vit à Lausanne, bénéficie pour l'instant d'une décision de la CEDH qui a interdit à la Suisse de procéder à l'expulsion tant que la Cour européenne n'aura pas pris une décision définitive à son sujet.

La famille affirme que les conditions d'hébergement d'urgence en Italie seraient «incompatibles avec la présence d'enfants en bas âge» et violerait l'interdiction de traitements inhumains ou dégradants, garantie par la Convention européenne des droits de l'homme.

A Bari, où les Tarakhel seraient renvoyés, «les cas de violences sont nombreux, le stress et les tensions psychologiques sont difficiles à supporter, la salubrité des locaux est déplorable et il n'y a aucun logement adéquat à disposition des familles», a martelé mercredi leur avocate, Chloé Bregnard Ecoffey.

Les parents invoquent aussi, entre autres, le droit au respect de la vie privée et familiale car ils craignent d'être séparés de leurs enfants s'ils devaient retourner en Italie.

La Suisse et l'Italie contestent les craintes formulées

Les représentants de la Suisse et de l'Italie ont rejeté pour leur part ces allégations devant la Grande Chambre de la CEDH. «Le tribunal administratif fédéral a examiné l'affaire à deux reprises et a exprimé des jugements dûment motivés (...). Les requérants n'ont pas vécu pareil traitement (dégradant ou inhumain) et ne risqueraient pas d'en vivre» s'ils revenaient en Italie, a affirmé l'agent du gouvernement helvétique, Franck Schürmann.

La CEDH devrait rendre sa décision finale à ce sujet dans plusieurs mois.

(afp)

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