15.04.2020 à 19:45

Coronavirus en Équateur

Une famille quitte la ville avec un cadavre: «Il dort»

Guayaquil étant totalement submergée par le nombre de morts, des habitants ont tenté de quitter la ville avec le cadavre d'un membre de leur famille pour lui offrir un enterrement digne.

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joc

Guayaquil, commune située dans l'ouest de l'Équateur, ressent comme nulle autre ville d'Amérique latine l'impact destructeur du Covid-19. Le pire reste à venir, mais déjà «il n'y a de place ni pour les vivants, ni pour les morts», déplore sa maire Cynthia Viteri. Cette avocate, elle-même contaminée mais guérie, est confrontée à la pire crise sanitaire que ce port de la côte Pacifique et ses 2,7 millions d'habitants aient jamais connue. C'est comme «une bombe» qui a explosé, a-t-elle déclaré à l'AFP lors d'un entretien depuis Quito.

Témoin de cette situation catastrophique, cette scène tragique immortalisée à la sortie de Guayaquil. La vidéo montre un militaire s'activer autour d'un véhicule transportant plusieurs membres d'une même famille. L'homme semble intrigué par la personne assise à l'arrière, immobile entre deux autres passagers. Pendant quelques secondes, les occupants de la voiture tentent de faire croire au militaire que cette personne est endormie. Puis, face à l'insistance du garde qui veut absolument qu'on réveille ce passager, ils finissent par admettre qu'il est décédé et qu'ils tentent de quitter la ville pour pouvoir lui offrir un enterrement digne de ce nom.

«Ils ne savaient pas quoi faire»

Dans un premier temps, les médias locaux avaient rapporté que cet homme était mort du coronavirus. Il s'avère en fait que l'Équatorien de 62 ans a succombé à une crise cardiaque due à son diabète, écrit le «Sun». La ville de Guayaguil étant à cours de cercueils et de tombes, ses proches espéraient pouvoir l'enterrer ailleurs, dans la tradition chrétienne. Selon Alejandro Munoz, chef de la police, la famille a reçu l'autorisation de continuer son trajet après avoir avoué la vérité. Mais le fils du défunt a dû poursuivre seul ce funeste voyage.

«Ils avaient un certificat de décès avec eux et une autre voiture les escortait. Un médecin assistant a confirmé qu'il n'était pas mort du coronavirus. Dans un état de désespoir, ils ne savaient probablement pas quoi faire. Le problème est qu'ils ont essayé de tromper les autorités», déplore Alejandro Munoz. Guayaquil compte 71% des plus de 7600 cas de coronavirus, dont au moins 369 morts, confirmés dans le pays depuis le 29 février. Les autorités prévoient jusqu'à 3500 décès dans les prochaines semaines.

La maire n'élude pas les responsabilités, mais refuse que les responsables de Guayaquil soient vus comme les «méchants» de l'histoire. «Bien sûr que nous n'étions pas préparés. Personne n'aurait jamais imaginé que ce que nous voyions à Wuhan, où les gens mouraient dans les rues, allait se produire ici», admet Cynthia Viteri. L'Équatorienne de 54 ans décrit un tableau cauchemardesque de ce qui se passe actuellement dans sa ville.

«Guayaquil a littéralement convulsé. Le système sanitaire a été débordé, les morgues, les services funéraires submergés.» (joc/afp)

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