Actualisé 01.11.2015 à 20:17

France/SuisseUne firme lance le goudron futé qui produit du courant

Une société française s'apprête à mettre sur le marché un revêtement photovoltaïque. Des élus romands sont réservés.

de
Frédéric Nejad Toulami
Les dalles Wattway sont censées résister à tous les véhiucles, y compris aux poids lourds.

Les dalles Wattway sont censées résister à tous les véhiucles, y compris aux poids lourds.

Présente dans plusieurs cantons romands, l'entreprise Colas a claironné il y a quelques jours qu'elle avait mis au point un revêtement incorporant des cellules photovoltaïques. Ces futures «routes du soleil», pour paraphraser le journal «Le Monde», doivent permettre de capter l'énergie solaire pour produire du courant, grâce à un raccordement direct à un bâtiment ou à un réseau de distribution.

Si la conseillère d'Etat socialiste vaudoise, Nuria Gorrite, dit se réjouir de cette avancée scientifique, elle souligne que son département émet des reserves quant à une utilisation sur les routes publiques cantonales: «Le coût du cycle de vie de cette technologie demeure inconnu, tout comme l'entretien, la démolition et le recyclage des composants, détaille Nuria Gorrite.

De plus, selon l'article paru dans «Le Monde», le fournisseur trouve sa remuneration dans la production electrique, plutot aleatoire sous nos climats. Qu'en est-il en cas de rendement insuffisant?» Et l'élue vaudoise de s'interroger sur l'acheminement du courant créé vers son lieu de consommation, ainsi que sur la possibilité de réaliser des fouilles ou travaux sans rendre alors le système inutilisable.

«Il pourrait etre interessant par exemple pour des surfaces etendues de parking d'un centre commercial, avec notamment la possibilite de consommer l'electricite a proximite immediate du lieu de production», estime-t-on toutefois à la Direction générale de la mobilité et des routes du canton de Vaud.

Résistant au trafic

Filiale du groupe Bouygues, Colas a dévoilé ses dalles Wattway fin août, lors d'une visite du président français, François Hollande. Elle souhaite à moyen terme produire au niveau industriel ce revêtement qui peut «s'adapter à tous les types de routes» et «supporter la circulation de tout type de véhicules, y compris les poids lourds», affirme la société, qui vise aussi l'Amérique du Nord.

Même intérêt et même prudence tant à Lausanne qu'à Genève

Pour le municipal écologiste de Lausanne Jean-Yves Pidoux, «le prix de revient d'une telle technologie est loin d'être compétitif. De plus, il faut s'assurer de la réelle résistance de cette route aux contraintes du trafic; des installations expérimentales aux USA sont plutôt prévues sur des chemins qui mènent de la route aux garages individuels. J'affiche donc un intérêt certain, mais patient, à l'égard de ces projets.»

Responsable des constructions et aménagement en Ville de Genève, le conseiller administratif Rémy Pagani se dit attentif à cette nouveauté, «ce d'autant si elle permet une production d'énergie locale et pérenne. Mais il semble plus simple, plus économique et moins contraignant d'équiper d'autres surfaces libres telles que les toitures des bâtiments, le coût de cette nouvelle technologie étant globalement trois fois plus élevé que celle des panneaux solaires traditionnels. C'est pourquoi, si son application est testée dans la région de Chambéry et Grenoble (F), proche de Genève, nous serons très intéressés à observer cette expérience, en restant toutefois particulièrement attentifs à la résolution de problèmes très concrets tel que l'entretien et la maintenance de l'installation, ainsi que sa durée de vie. Et aussi la résolution des problèmes de stockage et d'utilisation de l'énergie captée.»

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