Une flotte japonaise va chasser la baleine à bosse
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Une flotte japonaise va chasser la baleine à bosse

Une flotte japonaise va s'élancer dimanche dans le Pacifique Sud pour la plus grande partie de chasse à la baleine à bosse jamais engagée depuis le moratoire international de 1963 protégeant cette espèce.

Officiellement, il s'agit d'une mission scientifique.

Le convoi dirigé par le «Nisshin Maru», un navire-usine de 8.030 tonnes, doit quitter le port de Shimonoseki, dans le sud de l'archipel, dimanche matin, selon un communiqué de l'Agence japonaise de la pêche. Son objectif: tuer jusqu'à 50 baleines à bosse (megaptera novaeangliae), 935 petits rorquals (balaenoptera acutorostrata) et 50 rorquals communs (balaenoptera physalus), comme précisé dans un rapport récemment soumis par Tokyo à la Commission baleinière internationale (CBI).

Les baleines à bosse sont considérées comme une espèce «vulnérable» par l'Union mondiale pour la nature (World Conservation Union, ex-IUCN) et la Société américaine des cétacés estime qu'il n'en reste que 30 à 40.000 représentants dans le monde, soit environ deux tiers de moins qu'avant l'ère de la pêche baleinière moderne, mais les autorités japonaises assurent que la situation n'est plus inquiétante.

Pour elles, les populations de baleines à bosse et de rorquals communs, dont il existerait jusqu'à 60.000 individus aujourd'hui, ont retrouvé des niveaux assurant la pérennité de l'espèce. Le stock «de baleines à bosse évoluant dans notre zone de recherche se rétablit rapidement», explique Hideki Moronuki, responsable de l'activité baleinière à l'Agence japonaise de la pêche. A l'en croire, «prélever 50 spécimens sur une population de plusieurs dizaines de milliers d'individus n'aura pas d'impact significatif» et permettra de faire progresser la recherche sur l'espèce.

La viande des prises est commercialisée, ce que la CBI autorise, mais les autorités nippones maintiennent que leur but est d'ordre scientifique et non lucratif. Rappelant aussi que l'archipel possède une tradition baleinière depuis le début du XVe siècle, elles tentent depuis des années de faire tomber le moratoire de 1986 sur la chasse commerciale.

Ces arguments ne convainquent pas les écologistes, qui dénoncent un moyen détourné de maintenir l'industrie baleinière et condamnent cette nouvelle campagne. «Ces baleines n'ont pas à mourir», plaide un porte-parole de Greenpeace, Junichi Sato. «Les baleines à bosse sont très sensibles et vivent en groupes étroitement liés, ce qui fait que même une seule mort peut causer d'importants dommages.»

Les scientifiques s'accordent sur le fait que les baleines à bosse sont des créatures complexes communiquant entre elles par de longs chants très élaborés. Elles mesurent 12 à 15 mètres de long, pèsent 25 à 40 tonnes et font le bonheur des observateurs avec leur acrobaties, leurs sauts ou leurs coups de queue dans l'eau.

Il y a 40 ans, la chasse avait quasiment fait disparaître l'espèce, jusqu'à ce que le moratoire de 1963 sauve les survivants. La défunte Union soviétique avait maintenu la chasse jusqu'en 1973 mais on ignore dans quelles proportions. Seule reste autorisée aujourd'hui la chasse aborigène, de subsistance, au Groënland, en Alaska, en Sibérie orientale et dans les îles caribéennes de Saint-Vincent et des Grenadines. Ces populations aborigènes ont tué une baleine à bosse chacune l'an dernier, selon la CBI.

Le fait que le Japon limite ses campagnes dites scientifiques à une zone particulière ne rassure pas les spécialistes, qui soulignent que les baleines à bosses migrent vers les mers du Sud pour mettre bas. «Les prises sont peut-être minimes mais nous ne savons pas d'où viennent» les animaux tués, souligne Ken Findlay, biologiste à l'Université du Cap. Il critique aussi le fait que selon lui les bateaux pourchassent parfois pendant des heures des cétacés blessés.

Les organisations comme Greenpeace comptent bien poursuivre la flotte japonaise dans le Pacifique Sud, même si Tokyo crie au «terrorisme environnemental».

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