Actualisé 21.06.2011 à 15:08

«Balada triste»

Une grimace pour se venger

Avec «Balada triste», Alex de la Iglesia réalise son film le plus dur, le plus baroque et le plus réussi.

de
Fred Ferrari

On résume souvent l'œuvre d'Alex de la Iglesia à son humour noir. Jamais il ne l'aura poussé à un tel extrême. «Balada triste» raconte l'histoire de Javier, un clown qui, pour venger son père tué par Franco, a juré de ne jamais faire rire. Il n'en rêve pas moins d'épouser une belle acrobate qui lui préfère un autre clown, même quand Javier l'aura défiguré.

Dans cette foire aux monstres (Javier se dessine même un maquillage de farce à coup de soude caustique et de fer à repasser brûlant), de la Iglesia convie aussi bien Fellini, qu'Hitchcock (le dénouement se joue au sommet d'une immense immeuble), le gore et le politique (le film est traversé d'images des actualités de l'époque où le peuple se prélassait sur les plages pour oublier la dictature).

Pamphlet, romance impossible, film d'horreur, «Balada triste» est tout cela à la fois, dans un mix excessif, risqué et mordant.

«Balada triste»

De Alex de la Iglesia. Avec Carlos Areces, Carolina Bang.

Sortie le 22 juin 2011.

***

Mais qui est donc Alex de la Iglesia?

Avec des films qui ressemblent à des parodies («800 balles», «Le crime farpait» (sic), le cinéaste espagnol pourrait passer pour un vulgaire réalisateur de série Z. Détrompez-vous. C’est un visionnaire. Remarqué en 1992 par Almodovar qui finança son premier film, «Action mutante», récompensé par le Lion d’argent de meilleur réalisateur pour «Balada triste» à Venise en 2010, de la Iglesia a claqué la porte de la présidence de l’Académie du Cinéma Espagnol (qui décerne les Goyas) avec fracas en 2011 après l’adoption d’une loi anti-piratage. «Internet, ce n’est pas demain. C’est le présent», a-t-il déclaré. Bien vu!

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