Actualisé 24.01.2020 à 09:16

Décryptage votations

Une initiative pour calmer la fièvre des loyers

Face aux logements trop chers, l'Asloca veut que l'État soit plus actif. L'initiative sera dans les urnes le 9 février.

de
Pauline Rumpf

Une augmentation des loyers de 19% en 15 ans, une pénurie de logements abordables ou encore des promoteurs qui s'en mettent plein les poches: voilà ce contre quoi veut lutter l'Association de défense des locataires (Asloca), avec son «Initiative sur les logements abordables». Soutenue par la gauche et les syndicats, elle propose trois outils.

10% de logements d'utilité publique, c'est le minimum requis par le texte pour les nouvelles constructions. Ce chiffre, une moyenne nationale, devrait pousser cantons et communes à acheter des terrains et à les fournir à des coopératives d'habitation (lire ci-contre).

Un droit de préemption doit être donné aux cantons et communes pour qu'ils puissent acquérir ces terrains auprès de privés ou de la Confédération et de ses entreprises, comme les CFF. Ce droit existe déjà, notamment dans les cantons de Vaud et Genève. Cela leur permettrait de passer en priorité face à des investisseurs privés et ainsi d'exercer une pression sur les loyers en construisant des logements d'utilité publique. Il ne s'agit cependant pas de logements subventionnés.

Les rénovations énergétiques des bâtiments, désormais obligatoires, servent souvent à transformer des logements abordables en appartements de luxe, estiment les initiants. Ils veulent donc que les subventions destinées à ces travaux ne soient pas distribuées lorsqu'ils sont une occasion pour le propriétaire de trop augmenter un loyer.

Si le texte est refusé, le Conseil fédéral, qui plaide pour le non, a déjà annoncé qu'il accorderait un crédit à la construction de logements d'utilité publique. Il promet la somme de 250 millions de francs sur 10 ans dans le cadre de son contre-projet indirect.

Les opposants craignent les coûts. Depuis le lancement de l'initiative il y a cinq ans, le marché du logement s'est beaucoup détendu, affirment les partis bourgeois, opposés au texte. Ils l'estiment donc inutile. En outre, ils craignent les effets secondaires du quota national de 10%, jugeant qu'il est inadapté aux régions rurales ou montagnardes et engendrerait des coûts élevés. Ils plaident donc pour le contre-projet indirect, soit un versement de la Confédération. Ils insistent sur le fait qu'il permettrait la construction de jusqu'à 1900 logements d'utilité publique par an.

Les coopératives, solution miracle?

Les villes alémaniques regorgent d'habitations en coopérative: Zurich en compte 20%, Bienne 14% et Lucerne 12%. Genève et Lausanne, par contre, s'en tiennent à 8 et 5%. Ce modèle propose une gestion collective des immeubles, construits sur la base des souhaits communs des futurs habitants. Les loyers des appartements échappent ensuite au prix du marché, puisqu'ils sont liés aux coûts. Les loyers sont même parfois dégressifs.

Toutefois, relèvent les opposants, seul un quart des occupants de ces coopératives font partie des populations les moins aisées. La proposition ne permettrait donc pas de cibler ceux qui en ont vraiment besoin, et ferait peser les coûts sur tout le monde

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