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Finance suisseUne initiative pour réformer le système

Selon l'association Modernisation Monétaire (MoMo), il faut redonner le monopole de la création d'argent à la Banque nationale suisse (BNS).

La MoMo va prochainement lancer une récolte de signatures en faveur de son initiative «Monnaie pleine» («Vollgeld»). «Nous souhaitons redonner le privilège et le monopole de création monétaire, y compris scripturale, à la BNS. Nous voulons ainsi empêcher toute création illimitée de monnaie par les banques», a déclaré mardi à l'ats Kurt Specht, président romand de MoMo, confirmant des informations parues dans «Le Matin Dimanche».

Actuellement, seul l'argent liquide garanti par la BNS est «réel». En accordant des crédits, les banques créent constamment de l'argent fictif, appelé monnaie scripturale, et qui existe seulement sous forme électronique. Cet argent représente 90% de la masse monétaire en circulation.

Avec cette initiative, soutenue par des professeurs d'économie des Universités de St-Gall et Berne notamment, «les banques devraient posséder les fonds qu'elles mettent à disposition de leurs clients, en se procurant de l'argent «réel» auprès de la BNS ou du marché. Ce système éliminerait la pratique de la création monétaire par les dettes», a expliqué M. Specht.

«Le texte de notre initiative pour une «Monnaie pleine» est déposé auprès de la Chancellerie fédérale, nous sommes dans l'attente du feu vert officiel», a précisé le président romand de MoMo. Il a également indiqué qu'il «espérait débuter la récolte des signatures le plus vite possible, d'ici à la mi ou fin mai».

«Quatrième pouvoir»

La monnaie scripturale disparue, elle serait remplacée par la «Monnaie pleine». La monnaie ainsi nouvellement créée serait mise en circulation par les dépenses publiques ou d'autres moyens servant les intérêts généraux du pays, a détaillé M. Specht.

Cette masse monétaire serait définie et contrôlée par le pouvoir «monétatif». «La BNS deviendrait ainsi un véritable quatrième pouvoir, en sus de l'exécutif, du législatif et du judiciaire», a-t-il encore affirmé. De plus, «la monnaie mise en circulation soutiendrait l'économie réelle. Et le système financier deviendrait plus stable en évitant les crises financières», selon M. Specht.

L'octroi de crédits par les banques provoque en effet des crises financières récurrentes, l'endettement des Etats, et la récession, selon les défenseurs de la théorie de la «Monnaie pleine». Il oblige aussi les contribuables à venir à la rescousse des banques.

Sans couleur politique

L'initiative n'a pour l'instant pas de couleur politique marquée et transcende les partis. «Notre initiative est indépendante des partis politiques. Des membres de différentes mouvances politiques et économiques y sont représentés», relate ainsi M. Specht.

«Concernant la récolte des signatures, nous ne sommes pas encore soutenus par l'un ou l'autre des partis. Mais nous travaillons à communiquer et à les convaincre de soutenir notre initiative», a-t-il ajouté.

Caution du FMI

L'idée de la «Monnaie pleine», développée au cours de la Grande Dépression des années 30 par des économistes de renom aux Etats-Unis et soutenue par l'ancien président américain Franklin D. Roosevelt, a en tous les cas obtenu la caution du Fonds monétaire international (FMI).

Deux économistes du FMI, Jaromi Benes et Michael Kumhof, ont ainsi mesuré, sur la base de modèles modernes, les conséquences d'une telle réforme. Leurs conclusions, semblables à celles de leurs prédécesseurs des années 30: en plus de l'élimination des risques systémiques du système bancaire, les cycles économiques seraient mieux contrôlables.

Les dettes étatiques et privées diminueraient. Des gains de production seraient également générés grâce à l'abolition des distorsions, comme les risques liés aux taux d'intérêt notamment. De plus, l'inflation tomberait à zéro, toujours d'après les économistes du FMI.

Selon les opposants, au contraire, le système «Monnaie pleine» serait hautement inflationniste. Le «think tank» libéral Avenir Suisse s'était ainsi exprimé en mars dernier contre un tel système, arguant qu'il apporterait «plus de risques que de bénéfice» et menacerait l'ordre financier de «dégâts irréversibles». (ats)

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