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Arrestation de Roman PolanskiUne libération sous caution pas exclue

Une libération sous caution de Roman Polanski «n'est pas tout à fait exclue». C'est ce qu'a déclaré lundi à l'AP Guido Balmer, porte-parole du Département fédéral de justice et police (DFJP). Un tel cas de figure est toutefois soumis à des conditions très strictes en Suisse.

Le cinéaste franco-polonais peut recourir contre son arrestation provisoire dans un délai de 10 jours auprès du Tribunal pénal fédéral (TPF) à Bellinzone. Il peut en même temps faire une demande de libération sous caution. Une même demande peut également être faite en parallèle auprès de l'Office fédéral de la justice (OFJ), selon Guido Balmer. La décision de l'OFJ peut faire l'objet d'un recours au TPF. Le jugement rendu par ce dernier peut ensuite être contesté auprès du Tribunal fédéral à Lausanne. Il existe aussi une procédure simplifiée dans le cas où Roman Polanski accepte d'être extradé vers les Etats-Unis.

«Nous avons mis Monsieur Polanski au courant des différentes possibilités qui s'offrent à lui», a précisé Guido Balmer. Celui-ci n'a pas voulu s'exprimer quant à la réaction du principal intéressé. Les informations relatives à la procédure ne sont en principe pas publiques. Pour la même raison, le porte-parole du DFJP n'a pas voulu dire dans quel prison le cinéaste est détenu.

L'avocat Lorenz Erni du cabinet Eschmann & Erni a été engagé par le réalisateur franco-polonais, a précisé la secrétaire Gabriele Joesler. Roman Polanski a été interpellé à son arrivée en Suisse samedi et risque l'extradition vers les Etats-Unis où il est poursuivi pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure âgée de 13 ans, des faits remontant à 1977.

La Pologne et la France envisagent de lancer un appel commun pour essayer d'obtenir la libération du cinéaste âgé de 76 ans, selon une agence de presse polonaise. L'agence de presse PAP a cité le ministre des Affaires étrangères Radek Sikorski, disant qu'il avait parlé avec son homologue français Bernard Kouchner, et qu'ils prévoyaient de demander aux autorités suisses de libérer le cinéaste franco-polonais et aux Etats-Unis de lui accorder leur clémence.

Arrestation «sinistre»

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a jugé «sinistre» lundi l'arrestation en Suisse du cinéaste Roman Polanski. Ce dernier pourrait être extradé vers les Etats-Unis, où il est poursuivi pour avoir eu en 1977 des relations sexuelles avec une adolescente de 13 ans.

«Ce n'est pas la justice internationale que nous accusons, c'est la manière dont elle a été utilisée», a-t-il lancé sur France-Inter. «Ce qui est un peu étonnant, c'est que plus de 30 ans» après les faits, «un festival du cinéma suisse invite Roman Polanski, dont on sait bien qu'il va venir», et «apparemment prévenue, je ne sais pas par qui, la police l'attend à l'aéroport de Zurich».

«Tout ça n'est pas très joli»

Le chef de la diplomatie française a confirmé avoir écrit avec son homologue polonais à la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton pour solliciter la clémence de Washington. «La décision sera peut-être prise aujourd'hui si le tribunal fédéral accepte une liberté sous caution. Sinon, de toute façon, il faudra continuer».

«C'est un peu sinistre, cette histoire franchement», a conclu Bernard Kouchner. «Un homme d'un tel talent, reconnu dans le monde entier, reconnu surtout dans le pays qui l'arrête, tout ça n'est pas sympathique».

Les autorités polonaises ont demandé à pouvoir lui rendre visite

Le consulat de Pologne a demandé à pouvoir rendre visite à Roman Polanski, détenu depuis samedi en Suisse en vue d'être extradé aux Etats-Unis. «Nous espérons pouvoir le voir au plus tard mardi», a déclaré lundi matin à l'ATS le consul de Pologne Marek Wieruszewski.

Il attend encore le feu vert des autorités suisses. M.Wieruszewski a encore indiqué être en contact avec les autorités françaises pour déterminer dans quelle mesure les deux pays peuvent apporter leur aide au cinéaste franco-polonais, sans donner davantage de détails.

Dimanche, le chef de la diplomatie polonaise Radoslav Sikorski a annoncé qu'il allait demander aux Etats-Unis, conjointement avec son homologue français Bernard Kouchner, la libération de Roman Polanski.

Désastreux et absurde

L'arrestation de Roman Polanski est «désastreuse pour l'image de la Suisse en général et pour l'image de la Suisse culturelle en particulier», a indiqué Frédéric Maire. «Cela donne l'impression d'avoir tendu un piège au réalisateur».

L'ensemble de la situation «frappe par son côté absurde», remarque l'ex-directeur artistique du Festival du film de Locarno et futur directeur de la Cinémathèque suisse contacté lundi par l'ATS. «Cette arrestation peut avoir un impact négatif sur la Suisse qui n'est généralement pas perçue comme un Etat policier».

Une telle action peut porter préjudice «à toute manifestation culturelle, estime-t-il, notamment des festivals de cinéma qui reçoivent des invités de marque qui dans leur pays sont parfois menacés pour des raisons politiques.»

Frédéric Maire s'étonne: «Je ne comprends pas pourquoi il est soudainement impératif d'arrêter Roman Polanski. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'il vient en Suisse... Je l'ai vu en 2008 à Turin (Italie) lors d'une rétrospective. C'était un homme libre. Aucun carabinier n'est venu l'arrêter.»

(ap)

Une affaire vieille de trente ans

Roman Polanski a été arrêté samedi à son arrivée en Suisse, où il devait recevoir un prix au Festival du film de Zurich. Il a été arrêté en raison d'une procédure ouverte par les autorités américaines il y a 30 ans pour une affaire de moeurs. Polanski a été mis en «détention provisoire en attente d'extradition», mais peut faire appel de la décision.

Le réalisateur d'origine polonaise, âgé de 75 ans, a plaidé coupable en 1977 d'avoir eu des relations sexuelles de manière illégale avec une adolescente de 13 ans. De sa propre initiative, il a fui les Etats-Unis en 1978 pour se réfugier en France, où il a poursuivi sa carrière.

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