Genève - Lutte désespérée pour éviter la mise à mort d’un chiot
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GenèveLutte désespérée pour éviter la mise à mort d’un chiot

L’Etat veut tuer un chien importé illégalement et non vacciné contre la rage. Un avocat a saisi en urgence la justice fédérale. Celle-ci a gelé l’opération ce jeudi soir.

par
Jérôme Faas
Fredy junior est né en Moldavie le 7 mars 2021.

Fredy junior est né en Moldavie le 7 mars 2021.

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Si on en reste là, Fredy junior n’a plus que quelques heures à vivre. Dès vendredi minuit, le SCAV (service des affaires vétérinaires) sera autorisé à euthanasier ce chiot de quatre mois de race Pinscher Toy. La justice genevoise a refusé mardi d’accorder l’effet suspensif au recours de sa propriétaire, qui remue ciel et terre depuis début juin pour le sauver.

L’animal avait été importé de Moldavie en mai, sans être déclaré aux douanes, ainsi que l’avait conté «Blick». Surtout, ce pays est à risque de rage, et la bête n’avait pas été vaccinée contre cette maladie mortelle pour l’homme. Cela, sa propriétaire n’en savait rien: c’est son neveu, la voyant effondrée après le décès de son précédent chien, qui avait fait venir Fredy junior en Suisse pour la consoler. La belle histoire s’est muée en drame le 8 juin, quand le SCAV l’a séquestré.

Jugeant que le chiot faisait courir un risque à la population, il a soumis une alternative à la femme, qui vit d’ordinaire en Grèce: soit il était abattu; soit elle remettait un plan de retour dans le pays de son choix d’ici au 26 juin - une condition qu’elle n’a pas réussi à remplir.

Me Romain Jordan, qui la défend aux côtés de Me Annette Micucci, estime qu’il suffirait de vacciner le chien et de l’isoler jusqu’à fin août, terme théorique selon lui de la période d’incubation de la rage, pour éviter sa mise à mort. Le SCAV juge qu’il s’agit d’un non-sens scientifique. La justice cantonale s’est rangée à ce dernier avis. L’avocat a donc saisi mercredi le Tribunal fédéral, dans l’espoir qu’il suspende le processus. Et l’horloge tourne. Samedi, il sera trop tard.

«Choquant et inadmissible»

La décision de la justice cantonale scandalise Me Romain Jordan, par ailleurs membre du comité de la SPA genevoise. «Elle démontre qu’elle n’a pas intégré l’évolution de la société, mais aussi du droit, dans notre rapport à l’animal. Ici, le chiot de ma mandante est traité comme un dossier, que l’on peut classer à moindre énergie en tuant l’objet du litige. On aurait pu attendre qu’il termine la quarantaine possible en pareil cas, mais cette solution est écartée car elle est onéreuse», considère-t-il. «Ce verdict est aussi choquant qu’inadmissible.»

Le vétérinaire explique

Le vétérinaire cantonal Michel Rérat explique que le temps d’incubation de la rage va «de plusieurs mois à plusieurs années». Une quarantaine courte, jusqu’à 120 jours, est un moyen pour limiter les risques en cas de suspicion faible. Mais un chien importé d’un pays à risque de rage est soumis à trois conditions: vaccination après trois mois, sérologie 30 jours plus tard, attente de trois mois. Si, comme Fredy junior, un chiot est importé illégalement sans ces mesures, «le risque d’introduction de la rage en Suisse est jugé sévère». Par ailleurs, on ne sait pas avec quelles personnes ou animaux a été en contact un chiot entré en douce dans le pays. Afin d’assurer la santé de tous, le SCAV doit être sûr que l’animal n’est pas infecté. Or, seule l’analyse du cerveau, qui implique une euthanasie, permet ce diagnostic. Par conséquent, dans un tel cas, «la quarantaine n’est pas une mesure envisageable», indique Michel Rérat.

Sursis de dernière minute

Ce jeudi soir, le Tribunal fédéral, saisi en urgence, a décidé de geler l’opération devant aboutir à l’euthanasie de Fredy junior. Il a rétabli l’effet suspensif du recours de sa propriétaire et tranchera sur le fond dans quelques semaines. «C’est une victoire d’étape, s’est félicité Me Romain Jordan. Le risque que Fredy ait contracté la rage est quasi nul, il baisse encore -si tant est que ce soit possible- avec le temps qui passe. Je rappelle que sa mère avait été vaccinée; sa protection vaccinale a protégé ses chiots, dont Fredy, pendant plusieurs mois après leur naissance. Le vétérinaire cantonal décrit un risque qui n’existe pas, car il ne souhaite pas devoir abandonner une pratique ayant pour but de sanctionner avant de sauver l’animal. Gageons que le Tribunal fédéral saura le reconnaître.»

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