Genève: Une manif de casseurs défigure le centre-ville
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GenèveUne manif de casseurs défigure le centre-ville

Environ 500 manifestants ont défilé dans les rues samedi soir, maculant les murs de slogans anarchistes.

par
Jérôme Faas

Une manifestation non autorisée s'est déroulée samedi soir dans le centre de Genève. Quelque 500 individus, partis du parc des Cropettes derrière la gare, ont sillonné la ville spray en mains, maculant les façades de slogans anarchistes et anti-capitalistes. Le cortège est passé par la rue de Coutance, la place Bel-Air puis la Corraterie, dont la quasi-totalité des vitrines ont été peinturlurées. C'est le Grand Théâtre, à la place Neuve, qui a subi le plus de dégâts. Les manifestants se sont ensuite rendus au boulevard Carl-Vogt où, rapporte la «Tribune de Genève», ils ont affronté les forces de l'ordre avant de se disperser.

«L'avenir de nos lieux de fête et de culture est menacé»

La manifestation, par définition non autorisée vu qu'aucune demande n'avait été formulée, était annoncée sur le site renverse.ch, sous le titre «Fête sauvage». Les organisateurs y fournissaient notamment les explications suivantes: «Nous prenons la rue pour qu'elle soit autre chose qu'un espace de circulation automobile et de vitrines de luxe; nous prenons la rue car l'avenir de nos lieux de fête et de culture est menacé par la volonté inflexible de Pierre Maudet d'imposer sa loi; nous prenons la rue parce que l'état de Genève subventionne en grande majorité le Grand Théâtre, un lieu de culture bourgeoise pratiquant des tarifs inaccessibles aux plus nombreux.»

«Dizaines de milliers de francs de dégâts»

Les dégâts, qui n'ont pas encore été chiffrés, «vont être lourds, de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de francs», évalue Jean-Philippe Brandt, le porte-parole de la police. Outre les tags, une vingtaine de vitrines ont été brisées. Aucune interpellation n'a encore eu lieu, «mais nous allons nous atteler à trouver les auteurs».

Pas d'interpellations «pour des raisons tactiques»

La police explique ne pas être intervenue dès le début du cortège, c'est-à-dire à la gare, pour des raisons tactiques. «Quand vous avez à faire, et ils le savent, à un rassemblement compact et organisé, avec des gens de style black bloc, dont une trentaine ont été repérés, il est très délicat d'intervenir, expose Jean-Philippe Brandt. Ils étaient entre 450 et 500, c'est-à-dire plus nombreux que les forces de l'ordre. Si vous interpellez, il existe un risque de dispersion et d'encore plus de dégâts. Le but, c'est de limiter la casse, plutôt que des groupes de 20 ou 30 personnes s'éparpillent dans toute la ville et continuent à commettre des déprédations. On n'était pas dans la revendication bon enfant: un noyau dur de casseurs agissait.»

Neutralité, condamnation et satisfaction

L'Usine, le centre culturel dont un cortège de soutien avait dégénéré fin octobre, déclare «en tant qu'association, n'avoir ni organisé ce rassemblement, ni y avoir participé». Le mouvement La Culture Lutte, dont le nom a été tagué en ville, «condamne sans ambiguïté les déprédations». Le site renverse.ch, lui, se réjouit que la casse «n'ait pas découragé la fraction la plus pacifique des manifestants», et nie que le cortège ait dérapé. Ceux «qui ont participé (...) savaient très bien ce qu'ils faisaient».

Pierre Maudet n'a pas encore d'avis définitif

Le conseiller d'Etat Pierre Maudet ne s'est pas positionné dimanche quant à l'opportunité politique de la tactique des forces de l'ordre. «Il attend les explications de la police avant de se faire un avis définitif, répond la porte-parole du chef du Département de la sécurité, car la gestion de cette manifestation relevait de l'opérationnel.»

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