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IrakUne milice attire des «cowboys» contre l'EI

Ex-militaires rebutés par la vie civile ou «patriotes» qui affirment être là pour défendre les Etats-Unis, des Américains volent au secours des chrétiens d'Irak.

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29.06 La ville irakienne de Fallouja a été libérée de l'emprise de l'Etat islamique, mais elle a beaucoup souffert.

29.06 La ville irakienne de Fallouja a été libérée de l'emprise de l'Etat islamique, mais elle a beaucoup souffert.

Osamah Waheeb
31.05 Des jihadistes de l'Etat Islamique proposent des femmes sur le réseau social, pour les forcer à ce qu'ils appellent le «jihad sexuel».

31.05 Des jihadistes de l'Etat Islamique proposent des femmes sur le réseau social, pour les forcer à ce qu'ils appellent le «jihad sexuel».

Keystone/AP
24.05 L'ONU estime qu'il y a environ 50'000 personnes encore à Fallouja et qu'il est «important que les habitants puissent disposer de couloirs sûrs» pour fuir la ville.

24.05 L'ONU estime qu'il y a environ 50'000 personnes encore à Fallouja et qu'il est «important que les habitants puissent disposer de couloirs sûrs» pour fuir la ville.

Thaier Al-sudani

Piercing brillant sous la lèvre et tenue de camouflage, ce combattant américain ne passe pas inaperçu dans la ville chrétienne d'Al-Qosh, dans le nord de l'Irak. Composée d'une centaine d'hommes, la milice Dwekh Nawsha a été formée dans le but de défendre les chrétiens d'Irak des persécutions de l'organisation Etat islamique (EI).

Brett, 28 ans, incarne un mouvement émergeant d'Occidentaux qui abandonnent tout pour venir défendre les Assyriens, l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Un tatouage de mitrailleuse sur le bras gauche et de Jésus dans une couronne d'épines sur le droit, il se décrit lui-même en plaisantant comme un «croisé». «Le terroriste des uns est le combattant de la liberté des autres», explique Brett. «Ici, nous nous battons pour que les gens puissent vivre en paix, sans persécution, pour que les cloches de l'église continuent de sonner.»

Aucun djihadiste n'a mis les pieds à Al-Qosh mais la population a fui début août, quand l'EI s'est emparé de plusieurs villages environnants. Comme des dizaines de milliers de chrétiens du nord de l'Irak, les habitants de cette ville ont alors rejoint dans un exode massif la région autonome du Kurdistan irakien.

Expérimentés de la guerre

Brett explique que l'un de ses objectifs est la création d'une «légion étrangère» en Irak. Grâce à ses talents de recruteur, il a convaincu cinq autres volontaires d'Amérique du Nord et du Royaume-Uni de le suivre. Ils ont tous, selon lui, une expérience dans l'armée ou avec des sociétés militaires privées. Et il prétend avoir 20 candidats de plus en attente.

La première recrue de Brett est Louis Park, qui a quitté les Marines en décembre. «Je ne me suis pas bien habitué à la vie en temps de paix», explique ce Texan, en chiquant du tabac. «Je voulais revenir.»

Après avoir servi en Afghanistan, Louis a été diagnostiqué avec des troubles de stress post-traumatique (PTSD) «et quelques autres trucs» qui l'ont empêché de retourner au combat avec l'armée américaine.

Dès octobre, il a commencé à mettre de l'argent de côté pour pouvoir partir en Irak se battre contre l'EI. Selon Louis, c'est surtout un moyen de défendre son propre pays, les Etats-Unis, même si la milice Dwekh Nawsha n'est pas souvent envoyée au front. «Je suis terriblement patriotique», explique-t-il. «Si mon gouvernement ne veut pas combattre (l'EI), je le ferai.»

Andrew, un quinquagénaire canadien grognon, a rejoint Dwekh Nawsha parce qu'il a entendu parler d' «abattoirs» où l'EI découperaient des gens pour alimenter un trafic d'organes. Ces rumeurs n'ont jamais été prouvées mais largement diffusées par des organisations évangéliques et anti-musulmanes, en particulier en Amérique du Nord.

«Un rôle à jouer»

Quant à Brett, c'est un verset de la Bible qui l'a poussé à revenir en Irak. Selon lui, la résurgence de la nation Assyrienne est le signe que l'Apocalypse est en marche.

«Nous avons un rôle à jouer» dans l'avènement de la fin des temps, explique-t-il. Dwekh Nawsha signifie d'ailleurs «Futur martyr» dans le dialecte araméen local.

La milice attire aussi les déçus d'autres groupes armés, comme ceux qui s'étaient initialement enrôlés auprès des combattants kurdes. Scott, un vétéran qui a servi dans l'armée américaine pendant sept ans, explique qu'il souhaitait rejoindre les Unités de protection du peuple (YPG), jusqu'à ce qu'il découvre qu'ils étaient «un tas de foutus gauchistes».

D'autres étrangers de Dwekh Nawsha affirment qu'ils ont été rebutés par ce qu'ils considèrent comme la fibre socialiste des kurdes des YPG, dont la résistance dans la ville syrienne Kobané face aux djihadistes de l'EI a séduit de nombreux volontaires.

Jordan Matson, un vétéran originaire du Wisconsin qui est devenu une petite célébrité parmi les combattants étrangers des YPG, rétorque que certains volontaires ont «perdu leur sang froid» face à l'intensité des combats dans Kobané. «La plupart de ces cowboys d'internet ont fini par réaliser que ce n'est pas un déploiement militaire normal», assure Jordan. (ats)

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