Actualisé 21.07.2015 à 12:44

SuisseUne mycose génitale en souvenir de ses vacances

Une jeune femme ayant eu des rapports sexuels protégés en Thaïlande est rentrée à Zurich avec un champignon. Neuf autres cas sont connus et laissent certains médecins perplexes.

von
tab/ofu

Une Suédoise de 18 ans est revenue dernièrement de Thaïlande. Mais ses vacances dans ce pays d'Asie, très prisé des touristes, ne se sont pas terminées comme prévu. En rentrant, la jeune femme souffrait de violentes douleurs au niveau de ses parties intimes. Sa vulve était entièrement couverte de lésions rouges et squameuses ainsi que de pustules suppurées.

A l'Hôpital Triemli, à Zurich, les médecins lui ont annoncé qu'elle avait attrapé un champignon, appelé trichophyton interdigitale, non pas à la piscine ou dans un sauna... mais lors d'un rapport sexuel qu'elle a eu avec un touriste. Et cela alors que les jeunes gens avaient pris soin de se protéger avec un préservatif. Mais malgré le diagnostic rapide du corps médical, la mycose n'a pas guéri aussi rapidement qu'elle aurait dû.

La pommade prescrite n'a servi à rien. Tout comme les antibiotiques qui lui ont ensuite été administrés. Pire encore, la jeune Suédoise a développé par la suite une inflammation, accompagnée d'abcès suppurés. La patiente a dû attendre six longues semaines pour enfin être guérie. Mais elle gardera toute sa vie des cicatrices dans sa région intime. Elle a passé près de deux semaines à l'hôpital, écrit le magazine allemand «Ärzte Zeitung». Si les mycoses de ce type n'ont rien d'anormal en soi, la virulence de cette infection auprès de la Suédoise a surpris les médecins zurichois (voir encadré).

Raser les parties intimes aggraverait la situation

Des recherches menées pas nos collègues alémaniques de «20 Minuten» montrent que la Suédoise n'est pas la seule à avoir attrapé ce champignon en vacances. L'année dernière, plus précisément entre mars et juillet, sept patients - deux femmes et cinq hommes - ont contracté le trichophyton interdigitale lors de rapports sexuels en Asie. Ils ont été soignés au Triemli et à l'Hôpital universitaire de Zurich. Quatre des cinq hommes l'ont attrapé lors de rapports avec des prostituées. Tous les sept ont eu les mêmes symptômes: des lésions rougeâtres et squameuses dans la région intime.

Les quatre personnes les plus sévèrement touchées en 2014 avaient comme point commun de régulièrement se raser les parties intimes. Les dermatologues pensent que ça a aggravé la situation. Contacté, le centre de vaccination et médecine des voyages à Bâle connaît les dangers liés aux rasages intimes. «J'ai déjà mis en garde plusieurs personnes. Je leur ai expliqué qu'en se rasant, elles blessaient la peau qui est ensuite davantage sujette à des inflammations et infections», confirme l'expert Christoph Hatz. Celui-ci ne constate cependant aucune hausse du nombre de touristes victimes d'infections fongiques lors de leurs vacances en Asie. Hormis les sept cas de l'année dernière et celui de la Suédoise, les Hôpitaux universitaires de Bâle et Zurich ont recensé ces derniers mois chacun un cas de mycose génitale due au rasage des parties intimes.

«Un contact corporel serré suffit»

Monsieur Cozzio*, que pouvez-vous nous dire du trichophyton interdigitale?

Ce champignon fait ce qu'il sait faire de mieux: se fixer sur la corne. Jusqu'à présent, il était surtout connu pour causer des mycoses entre les orteils et dans la région de l'aine.

Mais les patients qui rentraient d'Asie avaient des mycoses dans les régions intimes. Ce champignon s'est-il transformé en maladie sexuellement transmissible?

Ce n'est pas une maladie sexuellement transmissible au sens classique du terme. Les rapports sexuels ne sont pas forcément nécessaires pour transmettre ce champignon. Un contact corporel serré suffit. Même les sous-vêtements des patients peuvent être porteurs de ce champignon.

S'agit-il alors d'un nouvel agent pathogène?

Pas directement. Mais les inflammations virulentes découvertes chez les patients nous ont surpris. Normalement, elles ne sont pas aussi sévères.

*Antonio Cozzio dirige la polyclinique spécialisée en dermatologie de l'Hôpital universitaire de Zurich.

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