Aide sociale à Genève: Une nouvelle loi pour améliorer le retour à l’emploi
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Aide sociale à GenèveUne nouvelle loi pour améliorer le retour à l’emploi

Dix ans après la dernière réforme, le texte entend diminuer le nombre de bénéficiaires en augmentant le retour à l’emploi. 

par
Maria Pineiro
Thierry Apothéloz veut mieux aider les bénéficiaires de l’aide sociale à retrouver un emploi.

Thierry Apothéloz veut mieux aider les bénéficiaires de l’aide sociale à retrouver un emploi.

Lucien FORTUNATI

D’abord, un constat d’échec. La loi actuelle sur l’aide sociale n’a pas permis d’améliorations, bien au contraire, à en croire Thierry Apothéloz, conseiller d’Etat en charge de la Cohésion sociale (DCS). En dix ans, le nombre de dossiers à l’aide sociale a crû de 76% et la durée d’aide est passée de 44 à 54 mois. Fort de ces chiffres, le DCS a entrepris dès 2019 d’élaborer une nouvelle mouture de la loi sur l’aide sociale, «ambitieuse et novatrice», a déclaré le magistrat mercredi.

«L’accent a été mis sur le retour à l’emploi», a souligné Thierry Apothéloz qui a insisté sur les trois principes cardinaux de la nouvelle loi. A savoir «reconnaître la valeur du travail et renforcer l’employabilité, bâtir le futur grâce à la formation et la reconversion et offrir un accompagnement social suffisant». Le texte qui sera soumis au Grand Conseil est le fruit d’une large consultation, mais également du travail d’une commission et de deux mandataires.

Incitations financières à travailler

Le conseiller d’Etat entend inciter plus fortement les bénéficiaires à travailler, même à temps très partiel. Dans la loi actuelle, a-t-il pointé, la personne qui trouve une activité à moins de 50% ne touche pas un centime de plus que ce qu’elle reçoit de l’aide sociale. Au-delà d’un mi-temps, elle reçoit un forfait de 500 fr. Le nouveau texte prévoit que l’usager touche les 300 premiers francs de son revenu, puis 15% du reste du salaire.  

Les réflexions ont également porté sur la formation. Aujourd’hui, un bénéficiaire sur deux n’a pas été plus loin que le cycle d’orientation. Or, au-delà de 30 ans, il ne leur est plus possible d’accéder à des formations professionnelles. «Dans un monde qui évolue vite, cela n’est pas adapté. Il faut pouvoir se former, notamment dans des nouveaux domaines», a fustigé Thierry Apothéloz.  L’élu veut faire sauter la limite d’âge et offrir un soutien dans le cadre d’une reconversion professionnelle. 

Doubler le taux de sortie

Le projet de loi sur l’aide sociale s’attache à changer la relation bénéficiaire-assistant social. Exit les rendez-vous axés sur le contrôle et les justificatifs de dépenses pour se faire rembourser. En lieu et place, Thierry Apothéloz veut des forfaits et permettre aux professionnels de travailler sur «l’accompagnement social, soit s’attaquer aux dettes, aux questions de santé ou d’insertion sociale». Le suivi des personnes se poursuivrait une fois sorti du système afin d’éviter un retour. Aujourd’hui, 30% des personnes qui quittent l’aide sociale y reviennent. 

L’objectif escompté par Thierry Apothéloz est de faire doubler le taux de sortie de l’aide sociale pour un emploi en arrivant à 17%. Il s’agira aussi de diviser par trois les allers et retours des personnes qui avaient trouvé un travail. Enfin, dernier effet espéré, la diminution de la durée d’aide des personnes avant qu’elles ne retrouvent un emploi. Si ces diverses mesures coûteront jusqu’à 27 millions la première année de mise en œuvre, elles devraient permettre d’économiser quelque 45 millions par an après dix ans. Sur une décennie, dès 2024, date prévue pour la mise en œuvre, les économies pour le Canton se monteraient à 224 millions de francs. 

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