Isolement raccourci – Une personne sur trois pourrait encore en infecter d’autres après cinq jours
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Isolement raccourciUne personne sur trois pourrait encore en infecter d’autres après cinq jours

Depuis peu, les personnes peuvent sortir d’isolement après cinq jours sans devoir faire un test de dépistage. Une situation qui inquiète l’infectiologue Huldrych Günthard.

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Christina Pirskanen/Daniel Graf/ofu
Ela Çelik

Le Conseil fédéral a décidé mercredi de raccourcir la durée d’isolement et de quarantaine à 5 jours (au lieu des 10 auparavant). La mesure a pris effet jeudi. Pour que les personnes testées positives puissent sortir de l’isolement, elles devront ne plus présenter aucun symptôme depuis 48 heures. Un résultat de test négatif n’est plus nécessaire.

Cette décision a suscité de vives réactions. Le président des Verts et conseiller national Balthasar Glättli a ainsi fait savoir sur Twitter: «Il s’agit d’une stratégie à haut risque, qui prend en compte de nombreuses victimes.»

Un risque d’infection de 30%

L’infectiologue Huldrych Günthard, de l’Hôpital universitaire de Zurich, se dit lui aussi inquiet par la nouvelle mesure: «Il existe un certain risque pour que des personnes positives soient encore contagieuses après cinq jours d’isolement.» Selon une étude anglaise, pas encore publiée, une personne infectée serait encore contagieuse à 30% après cinq jours. Ce taux baisserait à 15% après sept jours et à environ 5% après dix jours. «Cela représente une différence non négligeable et pourrait mener à bien plus d’infections vu le nombre élevé de cas que nous enregistrons actuellement», estime l’expert. Marcel Salathé, expert en épidémiologie, fait lui aussi allusion à cette étude anglaise sur Twitter:

Dans un monde idéal, estime Huldrych Günthard, les gens devraient pouvoir présenter un résultat de test négatif pour pouvoir sortir de quarantaine ou d’isolement. Or il admet que les capacités ne sont actuellement pas suffisantes pour un tel scénario. Il aurait néanmoins espéré que le Conseil fédéral préconise le port d’un masque FFP2 jusqu’à dix jours après un résultat de test positif. «Je suis très déçu que le Conseil fédéral n’ait pas émis cette recommandation.»

Le Conseil fédéral réduit la durée de l’isolement de 10 à 5 jours

Même son de cloche auprès de l’infectiologue tessinois Andreas Cerny: «A ma connaissance, rien n’atteste que l’on est plus contagieux après cinq jours d’isolement.» Il rappelle une étude japonaise ayant démontré que les personnes ayant contracté Omicron présentaient, après sept à neuf jours, une charge virale presque autant élevée que juste après l’infection. Pour Andreas Cerny, la décision du Conseil fédéral n’a «aucun fondement scientifique» et va à l’encontre de ce que font nos pays voisins.

Une décision «défendable»

Le directeur de l’institut tropical et de santé publique suisse, Jürg Utzinger, est moins alarmiste. «Raccourcir la durée de l’isolement n’est certainement pas une stratégie à zéro risque», admet-il tout en estimant que cette décision est malgré tout défendable et censée: «Une grande partie de la population est vaccinée. Et selon de nouvelles données, les personnes vaccinées sont contagieuses moins longtemps. A cela s’ajoute le fait que la durée d’incubation (ndlr: le temps qui s’écoule entre l’infection et l’apparition des symptômes) est plus courte avec Omicron, environ trois jours, qu’avec les autres variants.» Il estime par ailleurs que la décision des autorités est importante d’un point de vue sociétal: «Cette décision est centrale non seulement pour l’économie mais également pour le maintien du service universel.»

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