Arabie Saoudite: Une première femme au gouvernement
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Arabie SaouditeUne première femme au gouvernement

Noura al-Fayez est devenue ce week-end la première femme à entrer au gouvernement en Arabie saoudite.

Elle voit sa nomination comme un progrès pour toutes les Saoudiennes dans ce pays ultraconservateur.

Mme Fayez, 52 ans, qui a fait carrière dans le secteur de l'enseignement, a été nommée vice-ministre de l'Education pour les affaires des filles, dans le cadre d'un remaniement ministériel décidé samedi par le roi Abdallah, réputé pour sa volonté d'introduire des réformes.

«C'est une heureuse initiative. Nous avons longtemps souffert qu'un homme occupe ce poste», a dit la responsable dans une déclaration publiée par le quotidien «Arab News».

Le wahhabisme, une interprétation puritaine de l'islam en vigueur en Arabie saoudite, impose une stricte séparation des sexes et interdit à la femme de travailler, voyager, se marier ou d'avoir accès aux services médicaux sans l'autorisation d'un membre masculin de la famille.

Une percée

Cela entravait l'accession de femmes à de hautes fonctions dans un pays où des sections séparées sont réservées aux femmes dans l'administration ou les banques par exemple.

L'entrée de Mme Fayez au gouvernement a été perçue comme une percée, mais à faire suivre d'autres mesures de promotion des femmes à des responsabilités sociales.

«C'est une source de fierté pour toutes les femmes», a-t-elle dit dans la presse, ajoutant que cette mesure témoignait de la volonté du roi Abdallah, 84 ans, de procéder à la nomination ultérieure d'autres femmes à de hautes fonctions.

Etudes aux Etats-Unis

Cette mesure «n'est nullement suffisante pour les postes, notamment de décision, que les femmes devraient occuper dans le royaume», a dit à l'AFP la militante et universitaire saoudienne, Hatoun Fassi. «Une seule femme, ce n'est pas assez (...), même si c'est un pas important dans la bonne direction», a-t-il ajouté.

«C'est l'occasion de faire des recommandations pour renforcer la position de la femme», a indiqué une experte en droit, Nawal al- Mazem, dans le quotidien «al-Riyadh».

Mme Fayez a fait carrière dans le secteur saoudien de l'éducation des filles. Diplômée en 1978 en sociologie de l'université Roi Saoud, elle a obtenu en 1982 un master en éducation de l'Utah State University, aux Etats-Unis. Mariée, Mme Fayez est mère de cinq enfants, trois garçons et deux filles.

Conservateurs écartés

Le remaniement annoncé ce weekend, le premier depuis l'accession d'Abdallah au trône en 2005, a aussi été marqué par l'éviction de conservateurs hostiles à une libéralisation. L'annonce de quatre nouveaux ministres (Education, Justice, Information et Santé) a été saluée dans un pays qui attendait depuis longtemps des réformes.

Le roi a par ailleurs procédé à des changements à la tête des principales instances judiciaires, nommé 79 nouveaux membres au conseil consultatif du Majlis al-Choura, sur un total de 150, et restructuré le Comité des grands oulémas, la plus haute autorité religieuse, dont l'interprétation de la Charia influence la vie quotidienne des Saoudiens.

Parmi les changements majeurs ayant apparemment pris pour cible les dignitaires religieux les plus conservateurs et les plus influents sur le système judiciaire figure le départ du chef du Conseil supérieur de la magistrature, cheikh Saleh al-Luhaidan. Ce dernier a longtemps été considéré par des militants saoudiens comme un obstacle aux réformes.

Le souverain a limogé le chef de la police religieuse, la redoutable Commission pour la propagation de la vertu et la prévention du vice, cheikh Ibrahim al-Gheith, qui a agressivement porté sa campagne en vue d'une application stricte de la charia jusque dans les médias.

(ats)

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