Actualisé 26.11.2014 à 13:51

Suisse

Une présidente aux nerfs d'acier

Simonetta Sommaruga reprend les rênes de la Confédération pour l'année des élections fédérales.

La socialiste est la tête de turc favorite de l'UDC.

La socialiste est la tête de turc favorite de l'UDC.

La socialiste de 54 ans sera surtout attendue sur l'application de l'initiative contre l'immigration de masse. Mais elle n'est pas du genre à reculer devant les obstacles.

Sa nouvelle fonction de présidente lui facilitera les contacts avec les chefs d'Etats étrangers, sans être un gage de succès. Bruxelles n'a de cesse de répéter que la libre circulation n'est pas négociable et les velléités de fermeture de la Grande-Bretagne risquent d'inciter l'UE à verrouiller sa position.

Les autres conseillers fédéraux plaident aussi la cause helvétique dans les pays européens. Mais ils n'ont pas hésité à envoyer la socialiste seule au front pour présenter en Suisse le modèle de mise en oeuvre de l'initiative, immédiatement contesté.

Aucun ministre ne voudra s'exposer davantage sur ce dossier en année électorale. Les partis bourgeois se félicitent encore d'avoir abandonné en 2010 le Département ingrat de justice et police. Pianiste de formation et jusque-là spécialisée dans la défense des consommateurs, Simonetta Sommaruga a été forcée d'assumer un poste habituellement occupé par un juriste.

Tête de turc de l'UDC

La socialiste est la tête de turc favorite de l'UDC. Présentée comme la source de tous les problèmes concernant les étrangers et la criminalité, elle n'en reste pas moins populaire.

La Bernoise est une adepte des tables rondes. Cela lui réussit sur la question des enfants placés ou pour rallier les cantons à sa politique d'accueil des réfugiés. La méthode marche moins bien avec l'UDC: associer le parti à la mise en oeuvre de son initiative sur le renvoi des criminels étrangers revient à faire entrer le loup dans la bergerie, apprend la ministre à ses dépens.

La socialiste est aussi critiquée par son parti. Elle en a remis certaines orientations en cause par le passé, soutenant une ligne plus sociale-libérale. Au Conseil fédéral, Simonetta Sommaruga défend fidèlement les positions du collège. Trop, aux yeux de certains de ses camarades.

Poker sur l'asile

La ministre de justice et police irrite le PS en défendant des tours de vis sur l'asile que le peuple soutient massivement en juin 2013. Elle prépare déjà sa grande réforme pour accélérer drastiquement les procédures en les centralisant dans des grands centres fédéraux.

Si les Chambres fédérales fédérales ne déséquilibrent pas le projet, la présidente aura réussi un grand coup. Mais elle devra se battre contre la droite dure au Parlement, contre les communes qui ne veulent pas de centres sur leur sol, et contre un afflux ininterrompu de requérants.

Simonetta Sommaruga exploite sa petite marge de manoeuvre en renouant dès 2013 avec la tradition de l'accueil de contingents de réfugiés, au profit de Syriens notamment. Et elle multiple les appels à la solidarité contre les drames humains.

Dans son département, elle ne laisse rien au hasard. Les têtes se succèdent dans son service de la communication. La réorganisation de l'Office des migrations dont elle a héritée d'Eveline Widmer-Schlumpf est plus douloureuse que prévue. La sauce ne prend pas avec le directeur Alain du Bois-Reymond. Simonetta Sommaruga tranche dans le vif et s'en sépare d'un jour à l'autre.

Moins crispée

Le coup d'éclat est peu habituel pour la conseillère fédérale. Elle qui a pesé chacun de ses mots en début de mandat, quitte à paraître crispée malgré sa maîtrise des langues, se libère toutefois de plus en plus.

La Bernoise se soucie toujours de l'Etat de droit, mais elle n'hésite plus à donner son avis personnel sur une cause qui lui tient à coeur ou à traiter l'initiative d'Ecopop de «xénophobe». Simonetta Sommaruga apprend à manier le registre émotionnel.

Elle sait aussi procéder par petits pas pour faire avancer les causes qui lui sont chères. La socialiste convainc le Conseil fédéral d'intervenir contre la discrimination salariale des femmes.

Son projet sur la transparence du financement des partis politiques échoue, mais sa défaite était prévisible et lui permet de donner publiquement des gages à la gauche. Les obstacles semblent de toute façon toujours décupler la détermination de la nouvelle présidente. Sa ténacité ne sera pas de trop cette année. (ats)

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