22.04.2019 à 16:05

Suisse romandeUne radio française dévoile les radars et gêne la police

Avertir les automobilistes de la présence de contrôles de vitesse est illégal en Suisse. Un député jurassien part en guerre contre une station française qui le fait depuis Besançon.

von
Francesco Brienza
Les contrôles de vitesse sont notamment concernés.

Les contrôles de vitesse sont notamment concernés.

Keystone

Depuis 2013, il est interdit d'annoncer publiquement à la radio ou sur internet les contrôles de vitesse sur les routes suisses. La radio française Plein-Air, leader dans le Doubs-Jura français, le fait pourtant régulièrement et en toute impunité, puisque la loi française le permet. Cette situation ambiguë a le don d'irriter le député PDC Jacques-André Aubry, élu au Grand conseil jurassien. Au début du mois, il a demandé au gouvernement cantonal s'il était possible de faire cesser cette pratique. «Ces annonces sont quotidiennes et on peut capter la station sur internet et sur la bande FM chez nous, s'indigne-t-il. Cela pose un vrai problème de sécurité car les contrevenants peuvent emprunter d'autres itinéraires.»

Un avis partagé par les forces de l'ordre. «Nous avons connaissance de cette pratique, confirme Pierre-Louis Rochaix, porte-parole de la police cantonale neuchâteloise. Elle est très régulière et c'est effectivement gênant.» Selon lui, ces annonces n'ont aucune valeur préventive. «Elles sont destinées avant tout aux conducteurs frontaliers, qui font beaucoup de kilomètres pour venir travailler et qui peuvent avoir tendance à rouler trop vite. Il ne faut pas que ces flashs inforoutes permettent l'impunité des excès de vitesse dans les tronçons où il n'y a pas de contrôle.»

Radio Plein Air ouverte à la discussion

Comme la loi française autorise ces annonces, les autorités suisses sont face à un casse-tête. «Sachant qu'elles sont illégales de ce côté-ci de la frontière, cette radio devrait cesser d'elle-même de les faire», estime toutefois Pierre-Louis Rochaix. Contactée, la direction de Plein-Air se dit ouverte à la discussion. «Encore faudrait-il que nous soyons contactés», rétorque son PDG Sébastien Widmer. L'homme explique que même si un auditoire existe en Suisse, la station n'est pas tournée vers notre territoire. «Nous réalisons localement des points circulation toutes les 15 minutes si besoin, avec le souci permanent de la sécurité, bouchons, neige, verglas, accidents ou animaux égarés, reprend-il. Les annonces de radars ne rentrent donc qu'accessoirement dans un contexte dédié à la sécurité, et, sans tenir de comptabilité, nous pouvons dire que la part d'entre elles situées en Suisse est tout à fait marginale. Enfin, nous encourageons, à chaque fois que cela est possible, à respecter les limitations de vitesse.»

Le gouvernement jurassien devrait répondre à la question écrite du député Jacques-André Aubry d'ici l'été.

L'avis de l'expert

Benjamin Pehlivanlar gère plusieurs groupes Facebook très populaires qui informent les automobilistes sur la présence de radars en Suisse romande. Son activité est à la limite de la légalité, mais le Neuchâtelois prend diverses précautions pour ne pas être inquiété. Interrogé sur la question des annonces radios depuis la France, ce spécialiste des questions routières évoque «une sorte de concurrence déloyale» vis-à-vis des stations suisses. «Les radios françaises peuvent théoriquement faire ce qu'elles veulent dans leur pays, et rien ne nous interdit de les écouter, analyse-t-il. Si nos autorités vont jusqu'à bannir ces sites depuis la Suisse, ce serait pire qu'en Corée du Nord.» Pour le jeune homme, la meilleure solution consisterait donc à réautoriser la diffusion d'alertes radars par radio et tout autre moyen de communication en Suisse.

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