25.07.2020 à 08:48

Hongrie

Une rédaction se saborde plutôt que de subir

La quasi-totalité des journalistes du principal site d'information indépendant ont démissionné vendredi craignant de perdre leur indépendance vis-à-vis du gouvernement de Viktor Orban après le licenciement de leur rédacteur en chef.

Rare voix critique dans un paysage médiatique où le pluralisme a drastiquement régressé, Index.hu risque de ne pas se remettre du départ de la quasi-totalité de sa rédaction, soit quelque 90 journalistes.

Rare voix critique dans un paysage médiatique où le pluralisme a drastiquement régressé, Index.hu risque de ne pas se remettre du départ de la quasi-totalité de sa rédaction, soit quelque 90 journalistes.

Index.hu/Twitter

Se saborder par crainte d’une mise au pas: après le licenciement brutal mercredi du rédacteur en chef Szabolcs Dull, les salariés d'Index ont annoncé qu'ils quittaient leurs fonctions pour protester contre «une tentative manifeste de faire pression» sur leur média. Des photos des journalistes, l'air bouleversé et parfois en pleurs à la suite de cette décision, ont été diffusées sur les réseaux sociaux. L'émoi était tout aussi grand au sein de l'opposition au gouvernement souverainiste de Viktor Orban et de la principale association de journalistes.

«C'est encore une institution essentielle de l'opinion hongroise qui est en train d'être démantelée, assiégée et détruite par la majorité gouvernementale du Fidesz» (parti de Viktor Orban, ndlr), a réagi Miklos Hargitai, président de MUOSZ, l'association des journalistes hongrois. Quelques milliers de personnes ont manifesté vendredi soir à Budapest en soutien à la rédaction.

keystone-sda.ch

Szabolcs Dull a été licencié après avoir protesté, le mois dernier, contre une proposition de refonte du site par ses propriétaires. «Index est une puissante forteresse qu'ils veulent faire sauter», a résumé le rédacteur en chef cette semaine. Mercredi, la direction du média avait justifié son licenciement par la divulgation dans la presse de documents internes à Index.

Atteintes en série

Des craintes sur l'avenir d'Index étaient apparues en mars suite à l'achat d'une participation de 50% dans l'agence de publicité du portail par un homme d'affaires proche du gouvernement, Miklos Vaszily.

Le portail fait partie de la poignée de sites internet qui continuent de revendiquer une indépendance éditoriale en Hongrie, un pays situé à la 89e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse publié par l'ONG Reporters sans frontières. Il était 23e au retour au pouvoir de M. Orban en 2010.

Sous les mandats de Viktor Orban, les médias publics sont devenus le relais de la politique du gouvernement tandis que des proches du pouvoir ont acheté des pans entiers du secteur des médias privés.

Les changements au sein d'Index rappellent le scénario des reprises en main subies par d'autres organes de presse ces dernières années : le site d'information Origo, qui publiait régulièrement des enquêtes mettant en cause des proches du gouvernement, tout comme l'ex-hebdomadaire économique de référence Figyelo, ont été acquis par des proches du parti Fidesz, leurs équipes remaniées et leur contenu aligné sur les messages du gouvernement. La rédaction d'Origo avait démissionné pour protester contre les nouvelles conditions.

Fin 2016, c'est le quotidien d'opposition Nepszabadsag, l'un des principaux du pays, qui cessait du jour au lendemain sa parution avant d'être racheté par l'oligarque Lorinc Meszaros, intime de Viktor Orban. En 2018, quelque 500 médias nationaux et locaux, tous ouvertement pro-gouvernementaux, ont été regroupés au sein d'un consortium destiné à «veiller à la préservation des valeurs nationales».

Mises en garde de l’UE

Ces transformations ont valu au dirigeant souverainiste, régulièrement épinglé pour ses penchants autoritaires et xénophobes, de nombreuses mises en garde de l'UE. Elles ont contribué au déclenchement, fin 2018, d'une procédure exceptionnelle pour risque de «violation grave» des valeurs de l'Union européenne.

La question de l'Etat de droit en Hongrie a de nouveau été à l'ordre du jour des dirigeants européens lors des négociations marathon sur le plan de relance qui se sont achevées lundi. Un compromis imprécis et contesté faisant le lien entre respect de l'Etat de droit et versement de fonds européens a fini par être adopté.

Présent à Bruxelles, Viktor Orban avait assuré à des journalistes que la Hongrie n'avait rien à se reprocher au regard de ces principes démocratiques.

Le chef de la diplomatie hongroise Peter Szijjarto s'était agacé jeudi de «fausses accusations» sur la liberté de la presse en Hongrie, assurant, lors d'un déplacement au Portugal, que la critique du gouvernement s'exerçait aussi bien dans les journaux que sur internet et à la télévision.

(AFP/20minutes)

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91 commentaires
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Stephane

26.07.2020 à 12:18

Ce monsieur va laisser derrière lui un pays en faillite. J'espère que l'Union Européenne sera assez forte face aux extrêmes de tout bord sur ce continent.

Respect des lois

26.07.2020 à 08:01

Une chose est certaine , c'est que M. Orban n'a pas laissé son pays être envahis par les migrants , et ne laisse pas non plus les extrémistes de gauche casser son pays comme c'est le cas dans cette europe qui part à sa perte . Même en suisse ou les sans papiers ,les dealers ,les gauchistes ainsi que tout cette moitié de gens qui vivent sur le dos des travailleurs , les gouvernement devrait en prendre exemple car il est déjà bien tard .

Sam Suhr

25.07.2020 à 12:31

Haine et propagande de droite. Ce sont les commentaires majoritaires du week-end. Tradition et nation contre la liberté des journaux qui vous laissent de la place au nom de la liberté que vous n’aimez pas mais revendiquez par défaut