Actualisé 12.04.2012 à 15:04

Bébés volés en EspagneUne religieuse devant la justice

Sœur Maria Gomez Valbuena, une religieuse de 80 ans, accusée d'avoir volé un bébé dans un hôpital de Madrid, était convoquée par la justice jeudi.

Soeur Maria Gomez Valbuena a refusé de répondre aux questions du magistrat.

Soeur Maria Gomez Valbuena a refusé de répondre aux questions du magistrat.

Une religieuse espagnole de 80 ans était convoquée jeudi par un juge qui enquête sur le vol d'une petite fille en 1982 dans un hôpital de Madrid, la première personne à être poursuivie dans la vaste affaire de bébés volés qui scandalise l'Espagne.

Vêtue de son habit bleu de religieuse, Soeur Maria Gomez Valbuena a refusé de répondre aux questions du magistrat, avant de sortir du tribunal protégée par la police.

La mère lui avait confié son bébé

La religieuse est accusée de détention illégale. En 1982, elle officiait dans la clinique Santa Cristina de Madrid, lorsque Maria Luisa Torres, une femme aujourd'hui âgée de 58 ans, est venue accoucher d'une petite fille.

La femme accuse la religieuse de lui avoir volé son enfant, qu'elle avait accepté de lui confier temporairement, contre rémunération, jusqu'à ce qu'elle retrouve une situation financière plus aisée.

Je pensais qu'elle était intouchable

Sa plainte est la première à aboutir en Espagne. «J'étais encore à moitié endormie quand je lui ai demandé où était ma fille. Et elle m'a dit "arrête de demander parce que sinon je t'enlève aussi ton autre fille et tu iras en prison pour adultère" », a confié Maria Luisa. «C'était une religieuse et je pensais qu'elle était intouchable». Cas rare, Maria Luisa a retrouvé sa fille, Pilar, en 2011.

«Toute ma vie, j'ai cherché ma fille: quand elle était bébé, quand elle était adolescente, je recherchais les mêmes traits que ma fille aînée, c'était une obsession», témoigne-t-elle.

Pendant 29 ans, mère et fille ont vécu à une vingtaine de kilomètres l'une de l'autre, sans le savoir. Ce n'est qu'en entendant les témoignages d'autres victimes que Maria Luisa a osé porter plainte, début 2012.

Peur d'être la seule

«Je pensais que j'étais seule et cela me faisait peur», témoigne-t-elle. «Mais en voyant qu'on était des milliers, et que dans de nombreux cas la même personne est soupçonnée du vol de bébés, cela m'a encouragée».

Selon elle, c'est parce qu'elle a pu appuyer son dossier sur l'existence prouvée de sa fille, des tests ADN ayant montré leur filiation, que sa plainte n'a pas été classée comme la plupart des autres. «Malheureusement, les autres familles n'ont pas retrouvé leur enfant», ajoute-t-elle. (afp)

Plaintes déposées dans tout le pays

Le scandale des bébés volés avait fait surface il y a un an, avec les premiers témoignages d'adultes qui osaient enfin briser la loi du silence.

Selon les associations, 1.414 plaintes ont été déposées dans toutes l'Espagne. L'une d'elle, Anadir, estime que 300.000 bébés ont pu être volés pendant la dictature de Franco (1939-1975) et jusque dans les années 1980, aucune loi n'étant venue encadrer les adoptions jusqu'en 1987.

Devant le scandale grandissant, les pouvoirs publics réagissent: une réunion entre des victimes et les ministres espagnols de la Justice, de l'Intérieur et de la Santé a été organisée jeudi à Madrid.

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