Snowboard: Une rideuse charge la FIS et réclame du respect
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SnowboardUne rideuse charge la FIS et réclame du respect

Championne du monde de slopestyle en 2013, Spencer O'Brien dénonce dans «The Player's Tribune» la farce qu'a été l'épreuve olympique de Pyeongchang.

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duf
Spencer O'Brien et les autres concurrentes ont vécu des moments difficiles lors des derniers JO.

Spencer O'Brien et les autres concurrentes ont vécu des moments difficiles lors des derniers JO.

Keystone/Daniel Kopatsch

Elle est une athlète en colère, qui s'exprime au nom de toutes celles qui se sont senties trahies ce matin-là, dans le Parc Phoenix de Bokwang, en Corée du Sud. Spencer O'Brien, 30 ans, a derrière elle une longue carrière de snowboardeuse. Après avoir fait ses gammes en half-pipe dans sa jeunesse, la Canadienne a obtenu ses meilleurs résultats dans la très technique discipline du slopestyle, où les concurrents s'affrontent à coups de figures sur un parcours composé de rails et de sauts en tous genres. Entre 2008 et 2016, O'Brien a collectionné 5 médailles aux X-Games dans cet exercice, dont une d'or en 2016 et avait aussi décroché le titre mondial en 2013.

La native d'Alert Bay a eu beau disputer les plus grandes compétitions du monde dans son sport et dans les conditions météorologiques les plus diverses, elle n'avait encore jamais vécu une humiliation semblable à celle de Pyeongchang, le 12 février dernier, lorsque l'épreuve olympique s'était déroulée contre l'avis des concurrentes dans des conditions dangereuses. «Vingt-six femmes ont vu leur occasion de mettre leur sport en vitrine volée par l'organisation, sans parler de la mise en danger de leur intégrité physique», a d'entrée attaqué O'Brien dans sa chronique publiée dans «The Player's Tribune». «Les Jeux olympiques sont censés être le sommet de notre sport, pour lequel nous travaillons sans relâche durant des milliers d'heures pour pouvoir montrer au monde ce dont nous sommes capables. Mais durant la dernière épreuve olympique à Pyeongchang, j'ai vu un autre aspect des Jeux. Les conditions étaient dangereuses et inéquitables. Les vents violents ont fait de cette journée la pire compétition de ma carrière.»

43 runs incomplets sur 52

Pour la Canadienne, classée 22e d'une véritable farce, la Fédération internationale de ski (FIS), qui chapeaute le circuit élite du snowboard, est pleinement responsable du sabotage olympique du slopestyle féminin. «Seules neuf concurrentes ont plaqué des runs sans chute durant la finale. Neuf runs sur 52 passages au total. 43 runs avec des chutes, c’est un nombre ridiculement élevé. Des concurrentes sont tombées sur la tête, ont croché leurs carres ou ont perdu le contrôle dans les airs au-dessus des sauts, atterrissant trop ou pas assez loin. Depuis l'introduction du snowboard aux JO en 1998, la FIS a le contrôle total de notre processus de qualification olympique. C'est un mal nécessaire pour arriver aux Jeux. Mais j'ai toujours pensé que le snowboard devrait être dirigé par les snowboarders, par une organisation qui concentre toute son attention sur notre sport, plutôt que par l'organisation qui chapeaute un autre sport. A Pyeongchang la FIS a prouvé à quel point elle se moque de nous et où nous nous situons dans la hiérarchie de leur organisation.»

Spencer O'Brien prend pour exemple le report pour la seconde fois, le même jour, du géant féminin en ski alpin, en raison de vents trop violents. «La FIS a par contre jugé que le déroulement de notre finale se faisait ''dans les limites tolérables de la sécurité''. Elle nous a ensuite fait porter le chapeau en disant que nous n'étions pas forcées de nous élancer. Mais quel choix avions-nous? Celui de nous retirer de l'épreuve olympique?», s'énerve la rideuse nord-américaine. Elle regrette également que les athlètes n'aient jamais été consultées lors des décisions prises dans le cadre olympique, comme l'annulation des qualifications la veille à cause d'une météo presque aussi mauvaise, la décision de tronquer la finale en ne la disputant qu'en deux manches au lieu de trois ou l'interruption à la dernière minute de la séance matinale d'entraînement précédant la finale. «Aucun meeting des athlètes n'a été organisé pour faire ces annonces. C'était juste du bouche à oreille. Normalement, si les conditions ne sont pas optimales, nous sommes invités à discuter des options avec les organisateurs. Après tout, ce sont nos corps qu'on met en jeu.»

Proches du boycott

La trentenaire révèle également que les snowboardeuses présentes en Corée du Sud ont un temps envisagé le boycott de l'épreuve du big air, tenue quelques jours plus tard. Mais elles ont finalement estimé que le message véhiculé ne serait pas le bon et qu'il valait mieux profiter de montrer, cette fois dans de meilleures conditions, de quoi ces athlètes étaient réellement capables. «Au lieu de nous défiler, nous avons pu faire voir au monde entier le chemin que nous avons parcouru. Reste que, même si au bout du compte ce sont trois femmes exceptionnelles qui sont reparties avec les médailles en slopestyle, notre sport en tant qu'entité a encaissé un très gros coup. On a enlevé quelque chose au snowboard féminin à Pyeongchang. Maintenant il faut trouver le moyen de le récupérer», conclut la Canadienne.

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