Actualisé 10.01.2012 à 08:09

Affaire HildebrandUne sincérité «insuffisante»

La démission du patron de la Banque nationale suisse était inévitable, estime une grande partie de la presse suisse au lendemain de l'annonce de son départ.

Philipp Hildebrand a surpris l'opinion publique en annonçant son départ de la BNS, alors qu'il avait indiqué qu'une démission était exclue quelques jours auparavant.

Philipp Hildebrand a surpris l'opinion publique en annonçant son départ de la BNS, alors qu'il avait indiqué qu'une démission était exclue quelques jours auparavant.

La presse suisse voit dans la démission de Philipp Hildebrand de la présidence de la BNS une issue inévitable. Celui que l'on décrit comme «l'homme le plus puissant de Suisse» devait se retirer afin de restaurer la crédibilité de la banque centrale, estiment les éditorialistes.

«Le capitaine jette l'éponge pour sauver la crédibilité du navire BNS qui menaçait de prendre l'eau en éclaboussant son principal armateur, le Conseil fédéral», image ainsi le «Quotidien jurassien». Au-delà, le journal s'étonne que le départ du président de la Banque nationale suisse (BNS) ne survienne aussi rapidement.

Bonne foi inatteignable

«24 heures» revient lui sur l'incapacité de Philipp Hildebrand à prouver sa bonne foi, raison de sa démission en fin de compte. «Sa sincérité est convaincante, mais elle est insuffisante». Le quotidien vaudois évoque un acte digne, qui «montre un sens du devoir et de l'Etat» de la part du patron de l'institut d'émission.

Au-delà, les éditorialistes relèvent la dimension politique de l'affaire. «Cette démission subite fera bomber le torse aux détracteurs de Philipp Hildebrand», référence à Christoph Blocher. «Une revanche qui versera du baume sur les plaies électorales de l'UDC, qui restent douloureuses à son stratège», dit le QJ.

A ce propos, «24 Heures» parle d'un Christoph Blocher «qui dans ce dossier joue sur du velours... et sur la haine des élites qu'il entretient depuis longtemps». Toutefois, Philipp Hildebrand «lui a tendu l'arme qui le poignarde aujourd'hui», l'arme constituée par la transaction sur devises controversée effectuée par son épouse.

La BNS doit se réveiller

Pour «Le Temps», le tribun zurichois remporte dans ce contexte une double victoire, personnelle et politique. En ce qui concerne Philipp Hildebrand lui-même et son réseau international, le journal estime qu'avec son départ «la Suisse perd un homme de valeur, le seul relais avec le G20 et ses forums».

«La Liberté» constate que «la Suisse perd son général au plus mauvais moment, alors que perdure la guerre engagée pour éviter au franc d'atteindre un niveau suicidaire». Le quotidien fribourgeois, qui voit en Philipp Hildebrand un «omnipotent patron de la politique monétaire», craint un climat alourdi avec sa démission.

La presse romande met aussi en avant une certaine suffisance de la part du désormais ex-président de la BNS. «La conviction que rien ne pouvait l'atteindre», résume «24 Heures». Pour «Le Matin», «un banquier central, aussi brillant soit-il, ne peut vivre avec le moindre doute pesant sur son honnêteté».

Poussé vers la sortie

Plus largement, «Le Matin» s'en prend aussi au rôle de la banque centrale. «Il est grand temps que la BNS se réveille, sorte de son laxisme et se dote enfin de règles claires concernant les membres de sa direction. Pour le bien de tous». De son côté, «Le Temps» emploie le mot imprudence pour qualifier le défaut de contrôle.

Regret et respect outre-Sarine

Outre-Sarine, la plupart des éditorialistes réagissent avec regret et respect au renoncement de Philipp Hildebrand, qu'ils voient cependant comme inévitable aussi. La «NZZ» dénonce, au-delà de l'attitude du désormais ancien patron de la BNS et de son épouse, les faits ayant conduit au vol de données bancaires au sein de la Banque Sarasin.

Le quotidien zurichois attend que les responsables répondent de leurs actes, Christoph Blocher compris. Le «Tages-Anzeiger» suppose lui que la décision de démissionner de Philipp Hildebrand n'est pas tombée de manière autonome, laissant entendre que celui-ci a subi la défiance en rapide extension du Conseil de banque de la BNS.

Quant à la «Basler Zeitung», elle souligne que «Philipp Hildebrand n'est pas une victime et qu'il devait partir». Le quotidien bâlois, via Markus Somm, son rédacteur en chef et biographe de Christoph Blocher, relève qu'un maintien à la tête de la BNS aurait créé une situation inacceptable face à l'étranger en termes de réputation. (ats)

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