Naufrage en Méditerranée: Une sixième victime retrouvée dans l'épave

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Naufrage en MéditerranéeUne sixième victime retrouvée dans l'épave

Les secouristes ont découvert tôt lundi matin le corps d'un homme dans l'épave du «Costa Concordia», portant à six morts le bilan du naufrage de ce paquebot de croisière.

Après une nuit de recherches sans relâche, les sauveteurs ont découvert lundi matin un sixième corps dans l'épave du «Costa Concordia», portant le bilan du naufrage du bateau de croisière près de l'île italienne du Giglio à six morts.

Il s'agit d'un passager, retrouvé muni de son gilet de sauvetage, sur le deuxième pont, dans la partie émergée du navire. Son identité n'a pas été divulguée.

Après la catastrophe, survenue vendredi soir, juste un siècle après le naufrage du «Titanic», il reste une quinzaine de disparus.

Le capitaine pointé du doigt

Parmi eux figuraient dimanche soir quatre Italiens: un père de 36 ans et sa fille de 5 ans, ainsi que deux femmes siciliennes de 50 et 49 ans, qui seraient saines et sauves, selon les secouristes, mais dont la famille a perdu la trace.

Deux Américains manquaient aussi à l'appel: l'ambassade des Etats-Unis a fait savoir sur sa page Facebook que sur 120 passagers américains, 118 avaient été retrouvés. S'y ajouteraient deux couples de Français, et une personne dont la nationalité n'a pas été communiquée. La nationalité des membres d'équipage disparus n'a pas été divulguée.

Dimanche, la compagnie propriétaire du navire a accusé le capitaine d'avoir commis des «erreurs», tant dans la route du navire que dans la gestion de l'urgence.

«De très graves accusations pèsent» sur le commandant Francesco Schettino, a rappelé le leader européen des croisières, dans un long communiqué diffusé dans la soirée. Accusé notamment d'homicides multiples et d'abandon du navire (il risque douze ans de prison pour ce seul délit), il a été placé en détention à Grosseto (centre).

«Il semble que le commandant ait commis des erreurs de jugement qui ont eu de graves conséquences» et que «ses décisions dans la gestion de l'urgence n'aient pas suivi les procédures de Costa Crociere, qui sont en ligne avec les standards internationaux».

La société affirme toutefois que le commandant -entré en son sein en 2002 comme responsable de la sécurité et promu commandant en 2006- avait suivi toutes les formations continues adéquates, ainsi que les membres d'équipage et même les passagers, soumis à un exercice d'évacuation dans les 24 heures qui suivent l'embarquement.

«La route suivie par le navire n'était pas la bonne», a indiqué le procureur de Grosseto, Francesco Verusio, chargé de l'enquête. Le commandant «s'est approché de manière très maladroite de l'île du Giglio, a heurté un rocher qui s'est encastré dans le flanc gauche, faisant s'incliner (le navire) et embarquer énormément d'eau en l'espace de deux, trois minutes», a-t-il ajouté.

«Grosse erreur humaine»

«C'est une grosse erreur humaine qui a eu des conséquences dramatiques», a dénoncé le ministre de la Défense, l'amiral Giampaolo Di Paola.

D'après les premiers éléments tirés de la boîte noire, le navire était à «seulement 150 mètres du rivage, une distance incroyablement proche», a dit le procureur.

Selon certains, il effectuait une sorte de parade surnommée l'«inchino» (la révérence), toutes lumières allumées et à grand renfort de sirènes pour saluer les 800 habitants du Giglio, ce que tente de confirmer la justice.

Gestion de l'accident en cause

Le magistrat a également mis en cause la gestion de l'accident par l'équipage. Selon lui, l'alerte a été lancée une heure après l'impact.

Elément encore aggravant, les gardes-côtes ont demandé à plusieurs reprises -et en vain- au commandant de remonter à bord du navire pendant les opérations de secours, ce qu'aurait démenti l'intéressé. Le commandant «était déjà, un peu après minuit, sur les rives de Giglio» alors que les derniers passagers ont été évacués vers 05H00 GMT, selon les pompiers.

Dimanche, les plongeurs avaient découvert les corps de deux hommes âgés, vêtus de leurs gilets de sauvetage : un Italien, Giovanni Masia, Sarde de 86 ans qui voyageait avec femme, enfants et petits enfants -tous sains et saufs- et un Espagnol, Guillermo Gual, 68 ans, de Majorque.

Dans la matinée, un rescapé, le commissaire de bord Marrico Giampietroni, avait pu être évacué du navire après avoir passé 36 heures dans l'épave, alors qu'un couple de jeunes mariés sud-coréens a pu être extrait de sa cabine dans la nuit de samedi à dimanche.

Peu d'espoirs

Les sauveteurs, qui craignent une aggravation de la météo lundi, ont désormais peu d'espoirs de retrouver des survivants.

Confiant à l'AFP sa «grande tristesse» et sa «résignation», Angelo Scarpa, un plongeur de 24 ans qui a trouvé les deux cadavres dimanche, a dit avoir «peur qu'on puisse en trouver d'autres».

Les recherches sont rendues en outre difficiles par la très forte inclinaison du paquebot, couché sur un flanc à 90 degrés et qui risque de glisser et de couler totalement. Toute une série d'obstacles bloquent le passage des plongeurs: portes fermées, escaliers brisés et éléments d'ameublement entassés.

Au moment du naufrage, vendredi soir vers 21H30 (20H30 GMT), le navire transportait quelque 4'229 personnes, dont plus de 3'200 touristes de 60 nationalités différentes et un millier de membres d'équipage.

Selon Costa Croisières, les membres d'équipage étaient de 40 nationalités différentes, dont de nombreux Asiatiques (environ 300 Philippins, 200 Indiens, 170 Indonésiens).

De nombreux témoins ont décrit des «scènes d'apocalypse» et de «panique» avec des bousculades entre touristes cherchant à monter sur les chaloupes, au milieu des cris et des pleurs.

Quatorze occupants du «Costa Concordia» toujours portés disparus

Les recherches se sont poursuivies dans la nuit de dimanche à lundi à l'intérieur du paquebot italien «Costa Concordia» pour tenter de retrouver 14 personnes toujours portées disparues. Le dernier bilan fait état lundi matin de six morts et plus de soixante blessés.

Paolo Tronca, responsable des pompiers, a assuré que les opérations de recherche se poursuivraient «24 heures sur 24, aussi longtemps qu'il le faudra».

Les enquêteurs analysent aussi l'équivalent des «boîtes noires» qui étaient embarquées dans le navire, pour tenter d'établir la séquence exacte des événements à l'origine de l'accident, survenu vendredi à l'heure du dîner, par une mer calme et un temps clair.

Dimanche soir, 385 passagers français du paquebot sont arrivés à Marseille en autocar. Le ministère français des affaires étrangères a dit être encore sans nouvelles de 21 Français mais pense que la plupart sont rentrés en France par leurs propres moyens. Plus de 462 Français se trouvaient à bord du navire de croisière. Deux ressortissants français sont décédés lors de cette catastrophe.

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