Genève: Une société veut baisser le salaire de ses frontaliers
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GenèveUne société veut baisser le salaire de ses frontaliers

Le franc grimpe par rapport à l'euro. Une entreprise de Perly entend jouer sur la paie des employés. Un procédé illégal.

par
Jérôme Faas / Thomas Piffaretti
Volailles Importation achète, transforme et vend du poulet en Suisse.

Volailles Importation achète, transforme et vend du poulet en Suisse.

«Nous vous invitons à ne prendre aucune décision hâtive d'investissement.» Le 15 janvier, Volailles Importation a mis en garde ses collaborateurs frontaliers: «Nous nous réserverons le droit, dès que la situation de l'euro/CHF sera stabilisée (...), de diminuer les salaires au prorata de la différence entre le taux plancher et le nouveau taux.»

Bref, si la parité persistait entre les monnaies, la direction, injoignable, voudrait raboter de 17% la paie des frontaliers. Argument: leur pouvoir d'achat a crû «sans aucune contre-prestation». Le hic? Le procédé, discriminatoire, est illégal, observent le syndicat Unia et la Fédération des entreprises romandes (FER).

Le grossiste dit redouter le tourisme d'achat et «une pression énorme de nos clients suisses pour baisser les prix». Unia exige des chiffres clairs et des négociations. «Les baisses ciblées sont exclues, mais rien n'empêche de licencier et réengager à d'autres conditions, note Ibrahim Diallo. Que cette maison prouve qu'elle court un péril. Elle n'exporte pas, au contraire de l'industrie, vraiment menacée.»

Blaise Matthey, chef de la FER, souligne l'existence d'un vrai problème, insoluble pour l'heure. «La discrimination liée au domicile, interdite, existe de facto dans l'autre sens: les employés vivant en Suisse n'ont pas été augmentés.» Il insiste sur la nécessité de trouver une solution et propose d'indexer les paies au pouvoir d'achat des salariés. «Il faudrait pour cela modifier les accords de libre-circulation.»

Solidarité fiscale franco-suisse inchangée

Chaque année, Genève reverse à l'Ain et à la Haute-Savoie une part des impôts perçus à la source auprès des travailleurs frontaliers (279 millions de francs en 2014). La fin du taux plancher ne remet pas en question le principe de cette compensation financière. En revanche, le MCG souhaiterait modifier le taux de cet impôt. «La marge de manoeuvre est limitée, mais les sommes engagées sont importantes et une augmentation même de 1% ferait une différence», selon son président Roger Golay. Pour l'Etat, cette solution «n'est pas à l'ordre du jour. De toute façon, ce taux est défini par une loi et la population devrait, le cas échéant, se prononcer. Aujourd'hui, nous attendons surtout de voir combien de temps le franc va prendre à se stabiliser, et à quel niveau, pour y voir plus clair sur les conséquences globales», souffle le porte-parole du Département des finances, Roland Godel.

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