Proposition choc: Une Suisse sans viande: un mélange qui donne du vert mais aussi le vertige

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Proposition chocUne Suisse sans viande: un mélange qui donne du vert mais aussi le vertige

Financé en grande partie par Migros, l'institut Gottlieb Duttweiler (GDI) lance le défi d’une Suisse végétarienne d’ici à 2050. 

par
Thomas Christen
La consommation de viande baisse et les substituts séduisent de plus en plus, mais à un faible niveau. Ici, le restaurant Tibits à Lausanne lance le papet vaudois végétarien.

La consommation de viande baisse et les substituts séduisent de plus en plus, mais à un faible niveau. Ici, le restaurant Tibits à Lausanne lance le papet vaudois végétarien.

© Michele Limina

L'institut Gottlieb Duttweiler (GDI), basé à Rüschlikon dans le canton de Zurich, est clair: si la Suisse veut lutter pour le climat, contre les maladies et contre la faim, elle doit changer radicalement de plan et absolument mettre fin à la consommation de viande. «La viande issue de la production conventionnelle sera un jour pour nos petits-enfants ce que la cassette audio est pour nous aujourd’hui: une relique du passé, explique le célèbre think tank. Une position qui rejoint clairement la conclusion du troisième et dernier opus du 6e rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), publié début avril: «Le plus grand potentiel par transition viendrait du passage à des régimes tournés vers les protéines végétales», explique le groupe d’experts. Une prise de conscience qui a poussé le GDI à revendiquer une Suisse exempte de viande d’ici à 2050.

La population ne cesse de croître. Face à cette réalité, le GDI a publié ce vendredi un document de travail, le «European Food Trends Report», qui rassemble les idées d’une dizaine de think tanks pour sortir d’un système alimentaire jugé «néfaste» pour le climat. Une conférence sera d’ailleurs donnée à Rüschlikon le 15 juin, pour aborder la question des protéines alternatives déjà existantes dans notre quotidien. Le porte-parole du GDI Alain Egli en est même certain: «La production de viande est l’un des plus grands péchés contre l’environnement.» Cependant, le GDI ne précise pas comment l’objectif radical évoqué en Suisse pourrait être atteint.

Nourrir la population sans production industrielle est utopique

S’en sortir grâce à son propre potager est une idée tout autant illusoire que le fait de penser que la population aura assez à manger sans produire des vivres industriels, d’après l’analyse du GDI. L’Institut zurichois estime au contraire que les substituts à la viande, à l’instar des protéines végétales, des productions de laboratoire ou encore de «l’agriculture cellulaire» sont des approches à privilégier immédiatement en Suisse, car elles conviennent à un régime alimentaire dans l’air du temps.

Et se priver de viande?

Agir de toute urgence en baissant les émissions de gaz à effet de serre, telles sont les intentions à l’unanimité des instituts think tanks. Toutefois, si la consommation de viande en Suisse diminue chaque année lentement (environ 5kg par personne par an depuis 2010), l’attirance pour les substituts de la viande reste également faible. En effet, la consommation de produits carnés est restée 45 fois plus élevée que les alternatives végétariennes en 2020, en termes de chiffre d’affaires, selon l’Office fédéral de l’agriculture. A titre d’exemple, les Romands se sont jetés sur les burgers, les pizzas au prosciutto, les kebabs et les tacos lorsque la tendance était aux commandes de repas à domicile pendant la pandémie, selon Eat.ch. La mission encouragée par l'institut Gottlieb Duttweiler qui prône une Suisse plus verte d’ici 2050 semble à l’heure actuelle compliquée. Pendant ce temps, Migros place toujours ses actions hebdomadaires sur les viandes à bas prix en tête d’affiche.

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