Votations fédérales: Une Suisse sans voile intégral ni casseurs cagoulés le 7 mars?
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Votations fédéralesUne Suisse sans voile intégral ni casseurs cagoulés le 7 mars?

Le peuple doit se prononcer sur l’initiative «pour l’interdiction de se dissimuler le visage», une proposition qui déchaîne les passions depuis des années. Tour d’horizon des enjeux.

par
Pauline Rumpf

L’historique, les acteurs et les enjeux de cette initiative, résumés en trois minutes.

Liberté, extrémisme, égalité, islamophobie, oppression, féminisme… Le champ lexical du débat autour de l’initiative «pour l’interdiction de se dissimuler le visage» est passionné, dans les deux camps. Si les urnes révèlent une double majorité du peuple et des cantons le 7 mars, il sera interdit de se cacher le visage sous un voile, une cagoule ou un masque, partout dans l’espace public et les lieux accessibles au public comme les restaurants, les stades ou les transports publics. Les lieux de cultes bénéficieraient de dérogations, et des exceptions sont prévues pour des raisons de santé (comme le port du masque pour se protéger du covid), des raisons de sécurité, des raisons climatiques, ou encore pour respecter les coutumes locales (comme les carnavals).

L’initiative est surnommée «anti-burqa», puisque sa cible principale sont les femmes qui portent le voile intégral (en général le niqab, qui laisse les yeux visibles, et beaucoup plus rarement la burqa afghane). Et ce, alors qu’elles ne sont que quelques dizaines en Suisse. Pour les partisans de l’initiative, il est toutefois important d’envoyer un message, en Suisse et à l’étranger, contre l’oppression des femmes forcées de se voiler. Le vêtement est pointé du doigt comme le symbole du radicalisme identitaire d’une partie de l’islam, contre lequel il faut lutter. Dans le camp du oui, on trouve principalement la droite, notamment l’UDC et une partie du centre, mais aussi quelques personnalités de gauche.

En face, on trouve essentiellement des personnalités et des partis de gauche, dénonçant un acharnement contre une communauté religieuse déjà souvent stigmatisée. Ils estiment non seulement que l’initiative s’attaque à un faux problème, mais aussi qu’elle propose une mauvaise solution: interdire un vêtement ne sauverait pas les femmes réellement forcées de le porter mais risquerait de les forcer à rester cachées. Cette mesure perpétuerait en outre un schéma patriarcal en dictant aux femmes un code vestimentaire, soulèvent des mouvements féministes. Et d’ajouter que la loi punit déjà le fait de contraindre quelqu'un à se couvrir complètement.

Un contre-projet indirect est proposé par le Conseil fédéral et le parlement. Il stipule seulement que les individus doivent montrer leur visage en cas de contrôle d’identité. Ce texte entrera en vigueur si l’initiative est refusée.

Les manifestants cagoulés, cibles détournées

Peu évoqués dans le cadre des débats, les manifestants et supporters qui choisissent aujourd’hui librement de cacher leur visage n’auront plus le droit de le faire. Ce sont d’ailleurs eux qui ont le plus été amendés au Tessin et à Saint-Gall depuis que l’interdiction y est entrée en vigueur. Les touristes issus de pays où la burqa est plus répandue semblent plutôt bien se conformer à l’interdiction, relève dans «24 heures» le conseiller national tessinois Marco Romano. Inquiète pour la relance post-pandémie, HôtellerieSuisse appelle toutefois à rejeter l’initiative.

Différences cantonales et nationales

Le Tessin a ouvert la voie de l’interdiction lors d’un vote populaire en 2013, suivi par Saint-Gall en 2018. La population de Glaris a toutefois refusé cette proposition dans les urnes, tout comme les parlements de Zurich, Schwytz, Bâle-ville et Soleure. Certains opposants à l’initiative estiment d’ailleurs que cette liberté cantonale doit primer.

La France a également interdit la dissimulation du visage en 2010. Selon une sociologue interrogée par Swissinfo, la mesure a débouché sur une augmentation du port du voile intégral, par contestation, ainsi qu’une radicalisation de celles qui le portaient déjà. Le niqab et la burqa ont aussi parfois été remplacés par le jilbab, qui laisse paraître uniquement l’ovale du visage.

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