Saint-Légier (VD): Jeunes artistes squatteurs évacués sur les hauts de Vevey
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Saint-Légier (VD)Jeunes artistes squatteurs évacués sur les hauts de Vevey

Jeudi matin, la police a expulsé les squatteurs de l’Espace 43, qui n’ont pas opposé de résistance. Mais ils déplorent cette intervention dans un bâtiment abandonné dont ils disent prendre soin depuis une année.

par
Xavier Fernandez
Gilles Martin

«Plusieurs dizaines de policiers sont arrivés en cassant les portes, alors que nous étions en train de dormir. Pris de panique, nous avons essayé de nous cacher, mais cela n’a servi à rien. Un à un, nous avons été contrôlés et priés de partir», raconte Nina, une occupante de l’Espace 43, à Saint-Légier-La Chiésaz (VD). «Il était 6 h», selon les squatters, «peu avant 8h» selon la police, jeudi matin quand les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation de ce squat, à vocation culturelle, a révélé ce matin Radio Chablais. Une septantaine d’agents de la police cantonale et de Police Riviera ont participé à l’opération, selon l’avocat Pierre Chiffelle, qui oeuvrait depuis plusieurs mois à la conclusion d’un contrat de confiance en qualité de médiateur bénévole. Un chiffre que ne confirme pas l’officier de presse de la police sur place, Florence Maillard, qui évoque un «dispositif adapté à la mission».

Les bâtiments étaient occupés illégalement depuis mi-août 2019. «L’automne dernier, une commission de salubrité communale a visité les lieux et a décidé de retirer le permis d’habiter, en particulier en raison d’un risque d’incendie. Depuis, nous avons demandé au propriétaire d’élaborer un projet de mise en conformité, ce qui n’a pas été fait. Dans ces conditions, nous n’avions pas d’autre choix que faire respecter la loi», explique Alain Bovay, syndic de la commune. La décision du Tribunal de l’arrondissement de l’Est vaudois devait être exécutée d’ici au 1er juillet. Les jeunes artistes établis sur place s’y attentaient donc.

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Les occupants on pu évacuer leurs affaires dès la fin de matinée.

Les occupants on pu évacuer leurs affaires dès la fin de matinée.

DR
L’accès au bâtiment était barré par les forces de l’ordre. Les jeunes on attendu de pouvoir entrer un à un chercher leur matériel

L’accès au bâtiment était barré par les forces de l’ordre. Les jeunes on attendu de pouvoir entrer un à un chercher leur matériel

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Beaucoup d’instruments de musique parmi les effets des squatteurs. Mais aussi des tableaux et des animaux (rats, poules,chiens, etc.)

Beaucoup d’instruments de musique parmi les effets des squatteurs. Mais aussi des tableaux et des animaux (rats, poules,chiens, etc.)

DR

L’évacuation s’est déroulée sans heurts et les occupants ont été identifiés un par un par les forces de l’ordre puis laissés libres. En fin de matinée, la trentaine de squatteurs ont pu, par petits groupes, récupérer leurs effets personnels, notamment des instruments de musique. «J’ai même vu des policiers aider les jeunes à porter des trucs», souligne un témoin.

Les objets et mobiliers restant, ainsi que des véhicules ont été pris en charge par des déménageurs et un dépanneur, en présence d'un notaire. Au terme de l'intervention, des mesures ont été initiées par les propriétaires pour empêcher toute nouvelle occupation du site. Une entreprise de sécurité privée a également été mandatée, précise un communiqué de la police cantonale diffusé dans l’après-midi.

Les occupants dénoncent pourtant cette intervention. «À la force de nos bras et sans moyens financiers, nous avons fait pas mal de travaux pour remettre le bâtiment en état. En plus, nous pensions pouvoir trouver un accord avec le propriétaire pour rester quelques temps», poursuit Nina.

Des plaintes ont été déposées

Quant au syndic, il signale que plusieurs plaintes avaient été déposées par des habitants du voisinage, pour des nuisances. «Leurs activités étaient bien visibles et audibles. Nous avons d’ailleurs eu vent qu’ils préparaient un concert ce week-end, sans la moindre autorisation. De plus, nous avions aussi plusieurs interventions au Conseil communal. On ne pouvait donc pas laisser les choses traîner plus longtemps. En cas d’accidents ou d’incendie, avec des dégâts humains, nous aurions pu être tenus pour responsables», se défend l’élu.

Philippe Meylan, administrateur de la société Domaine du Crêt SA, propriétaire des lieux, était sur place jeudi matin. Il indique lui aussi qu’un contrat de confiance était en passe de voir le jour avec les squatteurs. Mais il comprend la position des autorités. «L’installation électrique n’est pas conforme et il faudrait faire de gros travaux pour la remettre aux normes. Mais nous ne pouvons pas les faire actuellement.»

Pour ce qui est de l’avenir du bâtiment, la situation est compliquée. Il se trouve en zone agricole, et légalement, il ne peut pas changer d’affectation. «C’est un peu un non sens. Il se trouve entre un hôtel et une institution pour handicapés. Nous allons donc essayer de faire pression sur les autorités cantonales, pour qu’elles autorisent un changement de zone. Pour la commune, il est important que quelque chose puisse être fait rapidement, car en l’état c’est un peu une verrue à l’entrée de la localité. Comme carte de visite, on pourrait espérer mieux», déplore le syndic.

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