Actualisé 19.10.2009 à 06:05

Minarets

Une votation émotionnelle et à haut risque

Tous les regards seront braqués le 29 novembre, en Suisse et à l'étranger, sur l'issue de l'initiative anti-minarets.

Comme souvent avec les propositions de la droite dure et conservatrice, les citoyens devront trancher entre principes juridiques et arguments émotionnels.

Impossible pour le texte lancé par des représentants de l'UDC et de l'Union démocratique fédérale (UDF) de passer inaperçu. Dès le début, aussi bien la revendication des initiants - introduire dans la constitution une interdiction de construire des minarets - que le ton employé ont suscité critiques et craintes.

Reflet du malaise, des villes comme Lausanne, Yverdon, Neuchâtel, Fribourg et Bâle ont interdit que l'affiche de campagne du comité soit placardée sur le domaine public. Contrairement à son habitude, le Conseil fédéral avait réagi immédiatement à cette initiative populaire, annonçant le jour même du dépôt des quelque 113'000 signatures recueillies qu'il appellerait le peuple à voter «non».

Le gouvernement, le Parlement et les partis à l'exception de l'UDC et de l'UDF fondent leur rejet tant sur le droit que sur le risque qu'un «oui» nuise à l'image de la Suisse, avec à la clé une menace pour les bonnes relations diplomatiques, les exportations et la sécurité du pays. Les tensions avec la Libye et la polémique autour de l'agression d'un touriste saoudien cet été à Genève ont rendu la situation à cet égard encore plus délicate.

En Suisse même, interdire les minarets pourrait mettre à mal la paix religieuse et la volonté d'intégration de la population musulmane, n'a cessé de marteler la ministre de la justice Eveline Widmer-Schlumpf. Ce serait un retour en arrière, comme par exemple à l'époque où l'on mettait les bâtons dans les roues des minorités catholiques ou juives.

Respect du droit

Sur le plan juridique, les adversaires de l'initiative invoquent les principes constitutionnels de la liberté religieuse et de l'interdiction de discrimination. Ils jugent le texte en votation incompatible avec plusieurs dispositions de la Convention européenne des droits de l'homme.

A leurs yeux, aucun intérêt public prépondérant ne justifie une mesure aussi extrême que l'interdiction. Si un projet de minaret est contesté, c'est le droit cantonal des constructions qui doit s'appliquer.

Malgré cette kyrielle de réserves, pas question pour les autorités d'invalider cette initiative. Le fait qu'elle ne viole pas de règles impératives du droit international et l'importance des droits populaires dans la démocratie helvétique ont fait pencher la balance dans ce sens.

Identité et place de la femme

De leur côté, les partisans de l'initiative s'appuyent sur la défense des valeurs identitaires de la Suisse et la dimension symbolique du minaret. Comme lors du scrutin de 2004 sur les naturalisations facilitées, ils brandissent le spectre d'une «islamisation» de la société censée aboutir au final à l'appel à la prière par le muezzin, au fondamentalisme et à l'application de la charia.

Au vu de la situation dans de nombreux pays musulmans, les femmes sont les plus menacées par cette évolution, estiment les pourfendeurs des minarets, pourtant peu réputés pour leur vision progressiste de la famille. De fait, cet argument risque de faire mouche auprès de cette catégorie de la population: selon un sondage du «Tages-Anzeiger» publié début octobre, les femmes seraient plus nombreuses à accepter l'initiative que les hommes.

Enfin, les initiants avancent des considérations esthétiques. Ils font valoir une dénaturation des paysages «suisses» alors même que les musulmans n'ont pas besoin d'un minaret pour pratiquer leur religion.

(ats)

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