Coronavirus - Certificat Covid: «ce sont à nouveau les jeunes qui seront discriminés»
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CoronavirusCertificat Covid: «ce sont à nouveau les jeunes qui seront discriminés»

Les pharmaciens et médecins ont annoncé vouloir lancer leur «sésame» dans un mois, soit un mois avant le certificat officiel de la Confédération. Les deux pourraient cohabiter.

par
Christine Talos
Le certificat Covid devient toujours plus urgent. Mais quelle forme prendra-t-il?

Le certificat Covid devient toujours plus urgent. Mais quelle forme prendra-t-il?

AFP

Alors que la vaccination bat son plein en Suisse, la question du certificat Covid devient toujours plus urgente. Si le Conseil fédéral a promis un document d’ici à cet été, PharmaSuisse et la Fédération des médecins suisses (FMH) ont annoncé dimanche le lancement de leur propre certificat. Celui-ci pourrait être mis en œuvre dans un mois déjà, soit un mois avant le certificat «officiel». En outre, pharmaciens et praticiens assurent pouvoir répondre rapidement aux exigences de l’OMS et de l’UE pour le rendre valable à l’étranger. «L’UE stipule que plusieurs prestataires par pays peuvent délivrer des certificats de vaccination», souligne le communiqué.

Concrètement, le patient pourra choisir d’afficher le certificat au moyen d’un code QR sur son ordinateur, son téléphone portable ou en version imprimée. Les informations ne seront pas enregistrées de manière centralisée, explique la FMH lundi. Elles seront exclusivement conservées chez les médecins et les patients, assure-t-elle.

Le document concurrence donc le sésame fédéral. Mais médecins et pharmaciens ne craignent pas un refus de Berne. «Nous ne pensons pas que la Confédération puisse ne pas reconnaître une solution qui remplit toutes les conditions prévues par la loi. Cela ne serait pas dans l’intérêt de la population qui a besoin de pouvoir obtenir rapidement un certificat», souligne la FMH. Selon elle, la présence de plusieurs prestataires ne présente en outre que des avantages: «comment serait-il possible autrement de délivrer des centaines de milliers de documents rapidement, sans charge administrative excessive», demande-t-elle.

Deux variantes retenues, mais pas celle-là

Pour rappel, le Conseil fédéral avait annoncé le 22 avril qu’il allait examiner deux solutions pour son certificat: celle de l’Office fédéral de l’informatique et celle des entreprises vaudoises Sicpa et Elca. Sa décision interviendra mi-mai, avait-il fait savoir. Le gouvernement avait donc écarté la FMH et PharmaSuisse. Mais l’OFSP a nuancé dimanche: «Nous avons pris note de leur annonce. Les efforts de chacun pour aboutir à une solution sont à saluer», a-t-il fait savoir prudemment.

«Si l’OFSP accepte le certificat des médecins et pharmaciens, tout le Parlement va se demander à quoi bon avoir une autre solution un mois plus tard si la première fonctionne.»

Isabelle Moret (PLR/VD)

Du côté du monde politique, les avis divergent. Pour la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), membre de la commission de la sécurité sociale et de santé publique (CSSS-N), le plus important, c’est de «trouver une solution rapide et compatible avec le certificat vert numérique de l’UE». Et peu importe qu’il y ait deux certificats en parallèle. Elle nuance toutefois: «Cela dit, il faut que l’OFSP reconnaisse le certificat de la FMH et de PharmaSuisse, sinon il ne servira à rien!» Et s’interroge: si l’OFSP l’accepte, tout le Parlement va se demander à quoi bon avoir une autre solution un mois plus tard si la première fonctionne.»

Du côté du Centre, son collègue valaisan Benjamin Roduit voit lui très positivement l’arrivée du certificat parallèle en plus de celui de la Confédération. «Si l’on peut gagner un mois sur les lenteurs administratives fédérales, cela me semble essentiel pour sortir de cette crise au plus vite», déclare-t-il. D’autant que ce sont les médecins et les pharmaciens qui sont les mieux placés pour délivrer ce document, estime-t-il. Il ne voit pas donc là une façon de concurrencer l’OFSP. «Je suis convaincu que l’OFSP va analyser cette offre et je vois mal le Conseil fédéral l’ignorer».

Les jeunes à nouveau discriminés

Tout autre son de cloche du côté de la Verte vaudoise Léonore Porchet, également membre de la CSSS-N. «C’est une cacophonie», s’exclame-t-elle. Pour elle, la précipitation n’est pas une bonne solution. Elle rappelle que tout le monde n’a pas encore accès au vaccin et si le certificat de PharmaSuisse et des médecins arrive fin mai, il permettra sans doute aux vaccinés des privilèges que d’autres n’auront pas. «Ce qui créera une discrimination par rapport à celles et ceux qui n’auront pas pu encore recevoir de dose», relève-t-elle. «Et ce sont à nouveau les jeunes qui seront surtout discriminés alors qu’ils ont déjà payé un lourd tribut à la pandémie».

Autre problème à ses yeux: l'utilisation d’un tel document pour des activités de tous les jours doit être encadrée par une loi afin que le débat démocratique puisse avoir lieu. «Or ce n’est pas le cas et je trouve cela très inquiétant», souligne la Vaudoise qui s’interroge aussi sur le type de données qui seront récoltées et transmises par le document.

Le conseiller national Pierre-Yves Maillard (PS/VD) se montre de son côté prudent et préfère attendre une séance de la commission du National ce jeudi pour se prononcer. «J’aimerais savoir si la solution des médecins et pharmaciens a été élaborée en concertation avec l’OFSP et s’ils se sont au moins parlé», se demande-t-il. Pour lui, il faut surtout que ce certificat soit reconnu sur le plan international et permette de voyager, «car ce but est au moins incontesté».

Le certificat Covid n’a donc pas fini d’agiter la classe politique. À noter que la commission du National consacrera également le 21 mai une séance spéciale sur ce thème. Tous ses membres espèrent une solution concrète et rapide de la part du Conseil fédéral.

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