Actualisé 14.10.2013 à 16:19

Afrique du Sud

Valérie Trierweiler à la rencontre des gays

Le mariage homo en Afrique du Sud, «c'est magnifique sur le papier, mais la vie quotidienne n'a rien à voir avec ça...»: c'est le message adressé lundi par la communauté gay à la compagne du président français.

Valérie Trierweiler et la femme du président sud-africain, Gertrude Sizakele Khumalo.

Valérie Trierweiler et la femme du président sud-africain, Gertrude Sizakele Khumalo.

En marge de la visite d'Etat de François Hollande en Afrique du Sud, la first Lady française a rencontré au cours d'un déjeuner à Pretoria plusieurs de ces militants et militantes, puis un couple de lesbiennes noires. Alors que l'homosexualité est très largement acceptée dans les quartiers huppés de Johannesburg ou du Cap, majoritairement blancs, elle reste un tabou dans les townships populaires, où s'exerce la violence homophobe.

Mme Trierweiler était accompagnée pour l'occasion de la ministre française de la Justice, Christiane Taubira, qui a bataillé pour imposer en France en mai dernier le «mariage pour tous». Initialement censée avoir lieu devant la presse, l'entrevue s'est finalement déroulée à huis-clos, illustrant le caractère toujours sensible du sujet en Afrique du Sud, malgré une législation très en pointe dans la défense des droits des homosexuels.

Les couples de même sexe peuvent adopter

«En tant que gays et lesbiennes vivant dans les townships, nous ne profitons vraiment pas de ces droits et privilèges inscrits dans la Constitution», se désole Phindi Malaza, lesbienne sud-africaine qui a participé à la discussion avec la compagne du président français. «La rencontre était très informelle. Nous avons échangé sur notre travail. Nous vivons dans deux contextes différents», a-t-elle juste indiqué, restant très discrète sur la teneur de leurs échanges.

Anthony Manion, autre militant invité au déjeuner, estimait lui que ce dialogue appelle une plus large concertation: «Il est apparu clairement qu'il y a encore de quoi approfondir notre discussion entre Français et Sud-Africains sur les questions relatives aux gays et aux lesbiennes». Après les décennies de répression du régime ségrégationniste d'apartheid, la «Nouvelle Afrique du Sud» de Nelson Mandela s'est dotée en 1996 d'une Constitution garantissant un maximum de liberté individuelle, dans tous les domaines.

Une loi autorisant le mariage pour tous a été votée en 2006, et les couples de même sexe peuvent sans problème adopter des enfants, ou procréer en utilisant une mère porteuse, pour les gays. Mais la vieille culture homophobe du pays n'a pas disparu pour autant, au point que des gays et lesbiennes sont régulièrement assassinés en raison de leur mode de vie. Et les associations continuent de dénoncer les «viols correctifs», pratiqués dans les townships pour «corriger» l'homosexualité féminine.

Violences homophobes courantes

En juin dernier, l'assassinat de Duduzile Zozo, une lesbienne de 26 ans retrouvée à demi-nue avec un manche à balai planté dans le vagin, avait ému quelques jours les médias, avant que l'histoire ne soit oubliée. Il y a quelques semaines à peine, la haut-commissaire de l'ONU aux Droits de l'Homme, Navi Pillay, notait que l'Afrique du Sud connaissait «quelques-uns des pires cas de violence homophobe», malgré l'une des législations les plus libérales du monde en matière de droit des homosexuels.

En 2011, une commission spécialisée dans la lutte contre la violence homophobe a été mise en place, dans le cadre d'un partenariat entre la justice et les associations. Mais pour Phindi Malaza, le soutien international est également essentiel: «Nous avons besoin de la pression de la communauté internationale sur notre pays, parce l'une des choses frustrantes, c'est de voir nos dirigeants, lorsqu'ils sont sur une scène internationale, prononcer toutes ces paroles magnifiques sur la lutte contre la violence homophobe» qui, selon elle, ne sont pas suivies d'effet sur le terrain. (ats)

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